Pour reconquérir une partie de l’électorat qui a voté pour lui il y a un an avec l’espoir que les choses changent vraiment, et qui s’avoue déjà déçu de son bilan, M. Obama devrait peut-être se faire violence. Et tenter d’être moins « raisonnable ».
15.02.2010
Le cauchemar des enfants d'islamistes
Les enfants du bidonville des carrières Thomas, en périphérie de Casablanca, vivent dans des conditions précaires. Mais, pour certains, la vie est plus dure que pour d’autres. En ce lieu qu’on appelle Kariane Toma, un grand nombre de présumés terroristes ont été arrêtés par la police, après les attentats de Casablanca du 16 mai 2003. Selma Mouhim avait 5 ans lorsque son père, Abdelhak, a été arrêté à son domicile, puis condamné à trente ans de prison ferme. “Je m’en souviens comme si c’était hier”, témoigne la jeune fille aujourd’hui âgée de 12 ans. “Une vingtaine d’hommes en civil ont pénétré par la force dans la maison. En nous injuriant, ils nous ont demandé où était mon père. L’un d’eux m’a violemment frappée à la jambe.” Selma a continué de se rendre à l’école. “Les premiers mois, mes camarades m’insultaient et me traitaient de fille de terroriste, raconte-t-elle. Une institutrice m’a aussi reproché de porter le voile. On me disait : ‘Comment se fait-il que tu aies de très bonnes notes alors que tu es fille de terroriste ? Tu ne le mérites pas !’ Lorsque je rentre à la maison, je me réfugie dans le travail et je pleure. Je veux que l’innocence de mon père soit reconnue par la justice.”
Pour acheter leurs livres et leur matériel scolaire, les enfants de ceux qui ont été incarcérés après les attentats de Casablanca font avec les moyens du bord, car leurs familles ne perçoivent aucune aide. Et personne n’a le droit de leur porter assistance. “Nous sommes surveillés en permanence, les voisins sont solidaires, mais on leur passerait les menottes s’ils nous donnaient quoi que ce soit”, assure Khamissa Rtimi, sœur d’Abderazak Karaoui, condamné à trente ans de prison ferme. Sous prétexte que ces enfants sont “fils de terroristes”, ils ne bénéficient pas des mêmes avantages, déplore aussi Khamissa Rtimi. “Avant les attentats, la préfecture nous convoquait régulièrement pour nous donner de la nourriture, assure-t-elle. Mais, depuis les condamnations, nous n’en bénéficions plus alors que nous faisons partie des habitants des bidonvilles les plus défavorisés du pays.” Naïma Karaoui habite aussi à Kariane Toma. Elle est l’épouse d’Abderazak Karaoui, qui purge sa peine à la prison de Kénitra. Cette femme de 50 ans est mère de sept enfants. L’un d’eux, Othman, 22 ans, a arrêté ses études. “Une enseignante le traitait d’enfant de terroriste. Il était pénalisé dans ses notes et ne supportait pas le regard de ses camarades”, raconte-t-elle.
“A l’entrée de la prison, une de mes filles a été dénudée dans une petite pièce et fouillée, assure Khamissa Rtimi. Les enfants sont traumatisés par la police. Ils ne peuvent pas voir un policier sans changer de trottoir.” “Un petit garçon dont je ne vous dirai pas le nom nous a dit : ‘Quand je serai grand, ma mission sera de tuer les policiers pour me venger !’” atteste Naïma Najari, mère d’Abdelaziz Chafai, condamné à trente ans de prison. “Nos enfants ne peuvent que devenir des voyous, des terroristes et maudire l’Etat, vu ce que l’on nous inflige”, conclut Naïma Karaoui.
Rachid Mesli, directeur juridique du Forum Al-Karama, association de défense des droits de l’homme dans les pays arabes installée à Genève, partage cet avis. D’après lui, la situation concernant les enfants dont les pères sont incarcérés pour des liens avec des organisations terroristes serait la même dans tout le monde arabe. “Lorsque le principal soutien de famille est arrêté et détenu, les familles sont systématiquement marginalisées. Cela a des conséquences sur la situation matérielle de ces familles et engendre de graves problèmes pour la société”, constate Rachid Mesli, qui explique qu’une fois devenus adultes les enfants suivent les traces de leur père. Pour Fatiha Mejjati, veuve de Karim Mejjati, soupçonné d’être l’un des organisateurs des attentats de Madrid, tous ces enfants restés sans père sont de véritables “bombes à retardement”.
22:21 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : maroc, islamiste, al quaida, enfants, terrorisme, islamisme
26.01.2010
Tous les prétextes sont bons pour Ahmadinejad
On a l'habitude de voir les régimes dictatoriaux exporter leurs tensions intérieures vers l'extérieur. Quand ils sont menacés d'être renversés par leur population, ils cherchent le salut dans un ennemi étranger afin de faire oublier les problèmes domestiques et de restaurer l'unité du pays. C'est ce qu'avait fait Saddam Hussein en 1980 en déchirant les accords d'Alger, qu'il avait lui-même signés avec Téhéran, pour déclarer la guerre à son voisin de l'est, une guerre qui a duré huit années et qui a fait plus d'un million de morts et au moins autant de handicapés.
La République islamique n'a pas tenu ses promesses de liberté, de démocratie et de développement économique. C'est pour cela que de nombreux partis et groupes qui ont participé à la révolution de 1979 se sont retrouvés rapidement dans l'opposition. Dès le début, le régime a procédé à des purges. Ainsi, le premier président élu de la République, Abdolhassan Bani Sadr, a fui le pays en 1981, déguisé en femme pour demander l'asile politique en France. D'autres ont été accusés de conspiration et exécutés. Ces purges ont été grandement facilitées par quelque chose que le nouveau régime a ressenti comme un cadeau du ciel : la guerre déclenchée par Saddam Hussein. Elle venait à point nommé pour resserrer les rangs entre factions et pour justifier l'élimination des fortes têtes.
Cette guerre a duré huit années, a fauché des âmes et détruit l'économie. Mais la seule chose qui importait aux régimes de Téhéran et de Bagdad était de se maintenir au pouvoir à tout prix. Les Iraniens considéraient qu'ils étaient le "bouclier de l'islam" et que l'islam tout entier risquait de disparaître s'ils cédaient. De l'autre côté, Saddam Hussein se considérait comme une "nécessité patriotique" puisqu'il était le "rempart de la nation arabe" [face aux "Perses"]. La guerre s'est arrêtée quand Ruhollah Khomeyni a compris qu'il devait "boire la ciguë" de l'armistice s'il voulait éviter que le "bouclier" se fissure.
L'Iran est un beau pays doté de contrées si vastes que les quatre saisons y cohabitent, pourvu de ressources naturelles et humaines que beaucoup lui envient et dont la population est pénétrée de civilisation et d'urbanité. A chaque fois qu'un étranger voyage en Iran, les gens profitent de la présence de "l'occidental" pour lui faire part de leur lassitude du régime, soulignant ses méfaits, critiquant ses méthodes répressives, regrettant l'absence de libertés, se plaignant du favoritisme ambiant, etc. Maintenant, l'Iran nous croule sous la dictature alors qu'au début le nouveau régime devait apporter la démocratie, la liberté et le développement. La plupart d'entre nous regrettent de l'avoir soutenue." Nombreux sont les iraniens qui précisent : "Ne commettez pas la même erreur en Irak !"
L'occupation iranienne du puits de pétrole irakien d'Al-Fauqa [à la mi-décembre] doit être analysée à l'aune de ce que nous venons d'expliquer. Téhéran espère déclencher une crise internationale afin d'échapper à la crise interne. La meilleure chose qui puisse lui arriver serait en effet que "l'ennemi américain" lui livre bataille. Les Iraniens voulaient embarrasser les occupants de l'Irak et leurs alliés [locaux], surtout en cette période. La classe politique et la population irakiennes ont unanimement condamné l'occupation d'un bout de leur territoire. Mais les dirigeants irakiens et américains ont fait preuve d'une grande sagesse en évitant d'engager les hostilités militaires. Si l'on avait tenté de reprendre ce puits par la force, on aurait offert une bouée de sauvetage au régime iranien, qui aurait pu alors détourner l'attention de sa population des revendications de liberté en parlant de "l'agression américaine". Tous ceux qui s'aventureraient à attaquer l'Iran feraient un merveilleux cadeau à Mahmoud Ahmadinejad. Ce puits de pétrole reviendra à l'Irak par des moyens pacifiques, en vertu des lois internationales et des accords bilatéraux. Mais, pour le moment, l'important est de ne pas contrecarrer la révolution en Iran. Si elle aboutit, elle instaurera un régime démocratique et laïc réconcilié avec ses voisins et le monde.
00:10 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ahmadinejad, dictadure, iran
25.01.2010
Obama ou l'impasse des petits pas
Pour le parti démocrate et pour le président des Etats-Unis, la perte inattendue du siège détenu au Massachusetts par Edward Kennedy (décédé en août dernier) représente un échec redoutable. Car il met en danger le sort de plusieurs initiatives importantes, correspondant à autant d’engagements de campagne de M. Barack Obama.
La réforme de la santé tout d’abord, qui n’a pas été définitivement adoptée et à laquelle, dorénavant, les républicains peuvent s’opposer indéfiniment au Sénat lorsque l’ultime version de ce texte reviendra dans cette assemblée. Les problèmes ne s’arrêtent pas là, au contraire : la réforme financière, la promesse d’une loi rétablissant le droit des syndicats, les engagements (déjà si modestes) pris en matière d’environnement à Copenhague ; tout cela est également mis en péril.
Pour mesurer ce qui vient de se passer au Massachusetts, il faut savoir que le nouveau sénateur républicain d’un Etat qui, en 1972, avait été le seul du pays à voter contre la réélection triomphale de Richard Nixon (et en faveur du pacifiste George McGovern), a proclamé pendant sa campagne qu’il était favorable à la torture comme méthode d’interrogatoire des personnes soupçonnées de terrorisme, hostile au plan présidentiel de réduction des émission de gaz à effet de serre et – naturellement ! – opposé à la réforme du système de santé défendue par le président des Etats-Unis.
« Le moment Obama est terminé », concluait il y a quelques mois un penseur néoconservateur. Il estimait en effet que l’élection de novembre 2008 avait constitué un accident de l’histoire américaine portant à la présidence un homme trop à gauche pour le pays et qui profita d’un moment de désarroi national pour faire passer son programme.
En réalité, les premiers mois de la présidence ont surtout été marqués par le désir de M. Obama de ne pas paraître tirer un avantage politique de la crise économique et financière, de multiplier les concessions à ses adversaires, pourtant en déroute et disposés à ne lui faire aucun quartier, de demeurer calme et centriste, technocrate et compétent.
Justifiant, par exemple, la taxe qu’il se propose de faire payer aux banques (si, là encore, le Congrès y consent…) il a plaidé le 16 janvier dernier auprès de ceux qui redoutent qu’un tel impôt n’effarouche la finance : « Cette année, Wall Street va distribuer davantage sous forme de bonus et de compensations diverses que le produit de cet impôt sur les dix prochaines années. »
01:30 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, usa, barack obama, président, etat-unis



