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22.06.2009

Le voile qui fait polémique

340x.jpgJuin 2009 : Les citoyens belges se prêtent au jeu démocratique pour choisir leurs parlementaires  qui les représenteront aux différents hémicycles régionaux ainsi qu’au parlement européen.  Le vote en Belgique étant obligatoire, chaque citoyen à le devoir civique de se rendre aux urnes.


En région de Bruxelles-Capitale, une jeune schaerbeekoise, Mahinur Ozdemir, est élue au parlement bruxellois avec 2851 voix de préférences sur la liste du Centre Démocrate Humaniste (cdH).  Durant ces élections, la presse nationale a abondamment parlé de cette jeune politicienne qui a créé, malgré elle,  une polémique sur un sujet hautement symbolique et qui déchaîne les passions.  

 

Diplôme de la faculté des Sciences Politique de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Mahinur Ozdemir est de confession musulmane et porte le voile. C’est la première députée bruxelloise et la première élue en Belgique qui prêtera serment avec son voile. Aucun parti démocratique ne s’est, à ce jour, vivement opposé à l’arriver d’une nouvelle députée portant un signe religieux.

 

L’élection de Mahinur Ozdemir a engendré une foule de contestation auprès de nombreux défenseurs de la laïcité à la Française, utilisant l’argument de la séparation stricte de l’état et de l’église.

 

A la naissance du Royaume de Belgique, les hommes politiques ont tenté de trouver un bon compromis entre la forte pression des catholiques (en ce compris la monarchie) et celui des défenseurs de la laïcité. Le compromis à la Belge a vu naître le principe de « laïcité à la Belge » ou plus communément appelé neutralité. Il vise à séparer clairement le pouvoir politique à celui du religieux en y apportant certaines adaptations. En pratique, la Belgique autorise l’école publique à dispenser des cours de religion, finance les cultes reconnus (Catholicisme, Judaïsme, Protestantisme, Islam,…) reconnaît et subventionne l’enseignement libre confessionnelle (catholique, israélite…).

 

De nombreux défenseurs de la laïcité, en ce compris les laïcards et des « anti-religion » ordonnent que la jeune élue bruxelloise prête serment sans son voile. L’argument le plus régulièrement servi vise à émettre l’hypothèse que cette future élue ne travaillera qu’au service d’une communauté religieuse ou ethnique et défendra donc uniquement les intérêts de ceux dont on supposerait qu’ils lui ont accordés leurs voix.

 

Il est certes primordial de défendre les valeurs de laïcité telle que prescrite dans notre pays dont le principe d’ingérence du religieux dans la sphère politique et du politique dans la sphère religieuse  doit être protégé et défendu.

 

Cependant, l’argument qui vise à bafouer le choix démocratique est frappant. Lorsque les partis ont déposé leur liste au Tribunal, aucun prétendant « défenseur de la laïcité » n’a  contesté la liste du cdH. Le tribunal ayant accepté les listes, toutes les lois étaient donc respectées. Il a fallu attendre l’élection d’une candidate qui ne répond pas à l’exigence de certain pour que les contestations arrivent. Si cette fille n’avait pas été élue, personne n’aurait réagit.

 

Le deuxième argument le plus exposé tant à dire qu’en portant un voile cette fille ne respectera pas la  neutralité au parlement. Cet argument ne tient pas la route car nous n’attendons pas d’un politique ce que nous attendons d’un fonctionnaire, le politicien n’étant fondamentalement pas neutre.

 

Nous savons très bien qu’en interdisant le port de signe religieux à des élues (choisi démocratiquement) ces derniers ne siègeront pas dans les parlements pour lequel les citoyens leurs ont donné leurs voix.  

 

Dans de nombreuses démocraties, des parlementaires portant un signe religieux prêtent serment et cela ne remet nullement en cause les principes de démocratie et de séparations des pouvoirs.

 

Il ne s’agit pas dans ce texte de polémiquer sur le voile en lui-même, mais de défendre l’intérêt du choix  démocratique fait par les électeurs qui d’une manière ou d’une autre veulent se sentir représenté et ce, en tenant compte de la réalité socioculturelle de Bruxelles.

 

N’est-il pas préférable de voir en politique des élus religieux modérés (les partis traditionnels ne choisissant par le dernier extrémiste du coin)  qui désirent profondément respecter le cadre de la loi, qui veulent bâtir une société de dialogue  et favoriser le vivre ensemble que de voir émerger des élues de partis radicaux avec lequel aucun dialogue n’est possible.

 

En interdisant cette élue de siéger avec son voile, ne risquons-nous pas de donner raison aux intégristes qui utilisent l’argument du rejet pour favoriser leur emprise auprès d’une jeunesse en quête d’identité.  

 

Après tout, Il me semble plus opportun d'avoir une femme politique voilée et active que certains politiciens dévoilés et inactifs.