28.07.2009
Les femmes arabes en politique, une nouvelle méthode stratégique pour contrer les islamistes ?
Le 16 mai 2009, quatre femmes gagnent haut la main, les élections législatives au Koweït. Hasard ou coïncidence, les islamistes perdent énormément de voix et se retrouvent d'ailleurs dans l'opposition. Ces mêmes islamistes gagnaient encore des voix, il y a quelques années, dans cet Emirat où la femme à encore de nombreux combats à mener pour sa dignité.
Il y a seulement 4 ans, le Koweït a autorisé à la femme de voter et à se présenter à des élections. Les Koweitiennes et Koweitiens ont rapidement envoyés une réponse clair et sans détours. Oui, nos mères, nos soeurs, nos cousines ont le droit de donner leur avis politique, et ainsi représenter le peuple dans sa totalité. Désormais la classe politique ne pourra plus revenir en arrière, une partie de l'histoire leur échappe...
La femme devient-elle une stratégie pour contrer les islamistes ?
Bonne nouvelle, la femme arabe devient intéressante pour le monde politique arabe. Désormais elles pourraient devenir l'instrument, (malheureux ?) pour contrer les islamistes dans leur stratégie politique. Nous devons soutenir cette stratégie dans un esprit d'ouverture mais si celle-ci vise à stabiliser les dictatures arabes sans lancer un vaste projet d'ouverture du champ démocratique, des droits de l'homme (et de la femme), de la liberté de la presse..., sauve qui peut !
Une bonne avancée à condition que ces femmes ne soient pas mises sous tutelle... des hommes
Il faut saluer le peuple Koweitien dans cette démarche historique. Espérons néanmoins que les nouvelles parlementaires pourront mener à bien leur travail politique et ce, en toute indépendance avec une volonté ferme de ne pas être sous tutelle masculine.
Cet épisode unique mérité tout de même de rappeler que les peuples arabes ne sont pas non plus aveugles de ce qui se déroule dans l'autre monde...
01:50 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : koweït, islam, femme, politique, femmes, islamistes, stratégie
25.07.2009
Maroc : une réforme silencieuse du champ religieux
Commandeur des croyants (Amir al Mouminine), le roi Mohammed VI, qui célèbre ses dix ans de règne, a insufflé un vent de modernisme dans le champ religieux en lançant en 2004 une vaste réforme en pleine montée des courants islamistes radicaux.
C'est une révolution silencieuse, qui intervient dans une conjoncture également caractérisée par l'anarchie des fatwas (avis religieux) amplifiées par les chaînes satellitaires arabes et les sites internet.
Cette réforme porte sur la restructuration du ministère des Affaires islamiques, la révision de la législation sur les lieux de culte ainsi que la modernisation de l'enseignement religieux dans le royaume. Une commission a aussi été créée pour donner des avis religieux sur des questions d'intérêt général et réglementer les fatwas.
En 2008, l'opinion internationale s'était émue de la fatwa du cheikh Mahgraoui, qui dirigeait l'Association Dar Al Quran à Marrakech (centre), autorisant le mariage des filles dès l'âge de neuf ans. Cette fatwa avait été condamnée par le conseil supérieur des oulémas (théologiens officiels) et l'association avait été fermée.
La même année, Mohammed VI avait annoncé une réforme du conseil supérieur des oulémas, des imams et des mosquées. La communauté marocaine établie à l'étranger n'avait pas été oubliée et un conseil des oulémas pour les Marocains d'Europe avait été créé.
En juin dernier, concrétisation de cette reprise en main avec le lancement d'un programme de mise à niveau des imams, qui encadrent les croyants, exercent dans les villes et les campagnes.
"Nous avons 45.000 imams au Maroc et les statistiques de 2006 ont démontré que 82% d'entre eux n'ont aucune formation de base. Ils ont juste appris le coran par coeur", explique le ministre des Affaires islamiques Ahmed Tawfiq.
Dans la même optique, des prédicatrices ont été formées, preuve qu'un vent d'ouverture et de modernisme commence à souffler sur le champ religieux.
La réforme touche aussi l'Institut supérieur d'études islamiques (Dar Al Hadith Al Hassania). Cette école, qui enseignait jusqu'ici uniquement les sciences islamiques, a introduit de nouvelles disciplines comme les études religieuses comparées, les langues, anciennes et vivantes, et les sciences sociales et économiques.
La réforme s'est aussi concrétisée par le lancement d'une chaîne de télévision et une radio dédiées à l'islam.
L'octroi de bourses de recherche pour les imams, les prédicateurs et les lauréats de l'université des sciences religieuses Quaraouiyine de Fès (centre) pour étudier dans des universités anglo-saxonnes sont quelques-unes des autres facettes de cette réforme.
Pour éviter des fatwas comme celle du cheikh Maghraoui, le secrétaire général du Parti (islamiste) renaissance et vertu (PRV) Mohamed Khalildi estime qu'"un théologien doit aussi avoir des connaissance en psychologie et en médecine. Il ne suffit plus d'avoir un diplôme en études islamiques pour être théologien".
Pour Mohamed Hamdaoui, président du Mouvement unicité et réforme (MUR), une association proche du Parti (islamiste) justice et développement (PJD), "le vrai défi est de pouvoir répondre à la demande des Marocains en matière de fatwas plutôt que de s'adresser aux muftis des chaînes satellitaires du Moyen-Orient".
En dix ans de règne, Mohamed VI a ainsi insufflé un vent de modernisme sur le champ religieux au Maroc, marqué pendant des décennies par le conservatisme et la léthargie.
09:36 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : maroc, mohamed vi, islam, religion, islamique, islamisme, extremisme, réforme, marocain
24.07.2009
Réformer l'islam, une nécessité pressante
"Le Coran ne parle pas, ce sont les hommes qui parlent à travers lui", a dit ‘Ali, le gendre du Prophète. Détail majeur dans l’interprétation et la compréhension de l’islam. Postulat indispensable pour briser les chaînes qui maintiennent la religion musulmane dans un carcan trop étroit car figée à une époque donnée. Non, la religion musulmane ne découle pas entièrement et immédiatement du seul Coran, qui serait la parole de Dieu nue, absolue et éternelle. Car cela, comme nous le constatons tous les jours, bloque les processus d’évolution des sociétés musulmanes et islamiques.
Paralysées par une extrême prudence, elles se cachent derrière une inaptitude à présenter aux yeux de monde une approche à la fois fidèle à l’islam et en phase avec le progrès et la modernité. Tous les pays musulmans sont en retard, tant sur le plan culturel que dans les domaines des sciences et des connaissances, sans parler de la technique et de la création. Tout leur mode de vie est concentré jusqu’à l’obsession sur le respect de la tradition. Bloquées, les pieds dans le ciment du dogme, les sociétés contemporaines musulmanes regardent passer le train du futur sans pouvoir monter dedans. Il est grand temps que cela cesse. Mais pour briser le tabou il faut du courage. Certains l’ont payé de leur vie (Mahmoud Mohammed Taha fut pendu en 1985 par la junte militaire soudanaise pour apostasie). C’est donc un grand coup de chapeau que l’on doit tirer à Abdelmajid Charfi, cet éminent professeur à l’université des lettres de Tunis, historien et sociologue musulman, qui ose penser l’islam de l’intérieur avec le regard neuf d’un homme du XXème siècle (il est né en 1942). Ainsi, Charfi n’a de cesse de tenter de démontrer que les sciences sont une chance pour la religion, et non son ennemie. Et il développe son propos en arabe, à dessein, car en s’adressant en premier lieu aux lecteurs unilingues qui, souvent, vivent repliés sur la culture du passé sans avoir la moindre idée des avantages qu’ils pourraient retirer des champs de connaissance modernes et même des problèmes et questions connexes qu’ils soulèvent. Pourquoi écrire en anglais ou en français (même si ce vecteur a plus de chance d’atteindre la communauté scientifique internationale) alors que la langue arabe se prête tout aussi bien à l’exercice de la pensée ?
Soyons clairs : seules les élites des sociétés musulmanes ont le libre choix, celui d’aller étudier en Occident ou de rester au pays, les 98% restant de la population sont maintenues sous le boisseau de la religion dictatoriale et continuent à osciller entre hostilité et fascination pour "l’autre monde". L’éducation est alors souvent concentrée sur les études religieuses ; et les filles en sont généralement exclues. Les rares qui tentent de s’extraire de la sphère islamique sont muets car il leur est impossible de s’exprimer librement du fait de l’influence conjuguée d’un pouvoir tyrannique, de la pression sociale, de la peur et de la suspicion qui suscite une parole neuve ...
Mais les sociétés musulmanes sont hétérogènes et la modernisation parvient parfois à y creuser un fin sillon par lequel s’acheminent quelques idées nouvelles comme, par exemple, le statut de la femme et le droit à l’enseignement. Mais c’est bien peu, c’est aussi très lent à se mettre en place. Trop lent.
Abdelmajid Charfi fait ici le pari audacieux de l’avenir en comptant sur la jeunesse pour faire sauter le verrou. Internet et la satellite ont apporté une autre vision du monde. Ainsi, les musulmans de la nouvelle génération souhaitent une réflexion islamique qui tiennent compte des quatre grandes révolutions majeures que l’humanité a connues :
Premièrement, Copernic qui découvrit que la terre n'est pas le centre de l'univers ;
Deuxièmement, Darwin qui inscriva dans l'histoire moderne sa théorie de l'évolution démontrant que l'homme a perdu le rand à part qu'il croyait occuper au sein du règne animal ;
Troisièmement, Freud et sa réflexion qui tend à dire que l'homme n'agit pas selon sa seule volonté consciente mais qu'il est soumis à l'influence de son inconscient, avec le refoulement et les pulsions que cela induit ;
Quatriètemement, le destin n'est plus, désormais la biotechnologie et la génétique ont pris, dans une certaine mesure, le pouvoir sur le contrôle de la vie ;
A tout cela s’ajoute tout naturellement les médias, on l’a dit, mais aussi la prospérité matérielle, une société sociale plus humaine, des valeurs nouvelles. Il convient donc impérativement de suivre les préceptes de Mahmoud Mohamed Taha qui, dans le livre qui lui a coûté la vie, Le second message de l’islam, affirmait que le message de Muhammad était destiné à toute l’humanité durant la période mecquoise, mais restreint aux contemporains du Prophète dans la période médinoise. En conséquence il est d’avis de supprimer les prescriptions contenues dans le message restreint car elles étaient appropriées aux conditions de vie du début duVIIème siècle, mais elles ne le sont plus à celles de la seconde moitié du XXème siècle ! Il faut donc revenir au message universel qui demeure valable, bien que le contexte ait changé.
Et comme ici aussi, tout comme chez les juifs et les chrétiens, tout n’est que pouvoir ; l’idée même d’un retour aux véritables valeurs d’une religion pour aider les hommes à vivre mieux est aussitôt traitée d’apostasie et l’on tue celui qui a osé bafouer les règles. Honte à tous ces intégristes grabataires ou infantiles, honte à tous ceux qui maintiennent le peuple musulman dans l’ignorance crasse pour pouvoir les manipuler et les exploiter ! Travaillons pour un islam adapté en tout point au valeur progressiste, défendons un islam réformé, Vive l’islam réformé !
10:15 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : islam, réforme, islamisme, radicalisme, réformateur, penseur moderne, islam moderne, islam modéré




