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15.02.2010

Le cauchemar des enfants d'islamistes

Les enfants du bidonville des carrières Thomas, en périphérie de Casablanca, vivent dans des conditions précaires. Mais, pour certains, la vie est plus dure que pour d’autres. En ce lieu qu’on appelle Kariane Toma, un grand nombre de présumés terroristes ont été arrêtés par la police, après les attentats de Casablanca du 16 mai 2003. Selma Mouhim avait 5 ans lorsque son père, Abdelhak, a été arrêté à son domicile, puis condamné à trente ans de prison ferme. “Je m’en souviens comme si c’était hier”, témoigne la jeune fille aujourd’hui âgée de 12 ans. “Une vingtaine d’hommes en civil ont pénétré par la force dans la maison. En nous injuriant, ils nous ont demandé où était mon père. L’un d’eux m’a violemment frappée à la jambe.” Selma a continué de se rendre à l’école. “Les premiers mois, mes camarades m’insultaient et me traitaient de fille de terroriste, raconte-t-elle. Une institutrice m’a aussi reproché de porter le voile. On me disait : ‘Comment se fait-il que tu aies de très bonnes notes alors que tu es fille de terroriste ? Tu ne le mérites pas !’ Lorsque je rentre à la maison, je me réfugie dans le travail et je pleure. Je veux que l’innocence de mon père soit reconnue par la justice.”

Pour acheter leurs livres et leur matériel scolaire, les enfants de ceux qui ont été incarcérés après les attentats de Casablanca font avec les moyens du bord, car leurs familles ne perçoivent aucune aide. Et personne n’a le droit de leur porter assistance. “Nous sommes surveillés en permanence, les voisins sont solidaires, mais on leur passerait les menottes s’ils nous donnaient quoi que ce soit”, assure Khamissa Rtimi, sœur d’Abderazak Karaoui, condamné à trente ans de prison ferme. Sous prétexte que ces enfants sont “fils de terroristes”, ils ne bénéficient pas des mêmes avantages, déplore aussi Khamissa Rtimi. “Avant les attentats, la préfecture nous convoquait régulièrement pour nous donner de la nourriture, assure-­t-elle. Mais, depuis les condamnations, nous n’en bénéficions plus alors que nous faisons partie des habitants des bidonvilles les plus défavorisés du pays.” Naïma Karaoui habite aussi à Kariane Toma. Elle est l’épouse d’Abderazak Karaoui, qui purge sa peine à la prison de Kénitra. Cette femme de 50 ans est mère de sept enfants. L’un d’eux, Othman, 22 ans, a arrêté ses études. “Une enseignante le traitait d’enfant de terroriste. Il était pénalisé dans ses notes et ne supportait pas le regard de ses camarades”, raconte-t-elle.

“A l’entrée de la prison, une de mes filles a été dénudée dans une petite pièce et fouillée, assure Khamissa Rtimi. Les enfants sont traumatisés par la police. Ils ne peuvent pas voir un policier sans changer de trottoir.” “Un petit garçon dont je ne vous dirai pas le nom nous a dit : ‘Quand je serai grand, ma mission sera de tuer les policiers pour me venger !’” atteste Naïma Najari, mère d’Abdel­aziz Chafai, condamné à trente ans de prison. “Nos enfants ne peuvent que devenir des voyous, des terroristes et maudire l’Etat, vu ce que l’on nous inflige”, conclut Naïma Karaoui.

Rachid Mesli, directeur juridique du Forum Al-Karama, association de défense des droits de l’homme dans les pays arabes installée à Genève, partage cet avis. D’après lui, la situation concernant les enfants dont les pères sont incarcérés pour des liens avec des organisations terroristes serait la même dans tout le monde arabe. “Lorsque le principal soutien de famille est arrêté et détenu, les familles sont systématiquement marginalisées. Cela a des conséquences sur la situation matérielle de ces familles et engendre de graves problèmes pour la société”, constate Rachid Mesli, qui explique qu’une fois devenus adultes les enfants suivent les traces de leur père. Pour Fatiha Mejjati, veuve de Karim Mejjati, soupçonné d’être l’un des organisateurs des attentats de Madrid, tous ces enfants restés sans père sont de véritables “bombes à ­retardement”.

26.01.2010

Tous les prétextes sont bons pour Ahmadinejad

ahmadinejad.jpgOn a l'habitude de voir les régimes dictatoriaux exporter leurs tensions intérieures vers l'extérieur. Quand ils sont menacés d'être renversés par leur population, ils cherchent le salut dans un ennemi étranger afin de faire oublier les problèmes domestiques et de restaurer l'unité du pays. C'est ce qu'avait fait Saddam Hussein en 1980 en déchirant les accords d'Alger, qu'il avait lui-même signés avec Téhéran, pour déclarer la guerre à son voisin de l'est, une guerre qui a duré huit années et qui a fait plus d'un million de morts et au moins autant de handicapés.

La République islamique n'a pas tenu ses promesses de liberté, de démocratie et de développement économique. C'est pour cela que de nombreux partis et groupes qui ont participé à la révolution de 1979 se sont retrouvés rapidement dans l'opposition. Dès le début, le régime a procédé à des purges. Ainsi, le premier président élu de la République, Abdolhassan Bani Sadr, a fui le pays en 1981, déguisé en femme pour demander l'asile politique en France. D'autres ont été accusés de conspiration et exécutés. Ces purges ont été grandement facilitées par quelque chose que le nouveau régime a ressenti comme un cadeau du ciel : la guerre déclenchée par Saddam Hussein. Elle venait à point nommé pour resserrer les rangs entre factions et pour justifier l'élimination des fortes têtes.

Cette guerre a duré huit années, a fauché des âmes et détruit l'économie. Mais la seule chose qui importait aux régimes de Téhéran et de Bagdad était de se maintenir au pouvoir à tout prix. Les Iraniens considéraient qu'ils étaient le "bouclier de l'islam" et que l'islam tout entier risquait de disparaître s'ils cédaient. De l'autre côté, Saddam Hussein se considérait comme une "nécessité patriotique" puisqu'il était le "rempart de la nation arabe" [face aux "Perses"]. La guerre s'est arrêtée quand Ruhollah Khomeyni a compris qu'il devait "boire la ciguë" de l'armistice s'il voulait éviter que le "bouclier" se fissure.

L'Iran est un beau pays doté de contrées si vastes que les quatre saisons y cohabitent, pourvu de ressources naturelles et humaines que beaucoup lui envient et dont la population est pénétrée de civilisation et d'urbanité. A chaque fois qu'un étranger voyage en Iran, les gens profitent de la présence de "l'occidental" pour lui faire part de leur lassitude du régime, soulignant ses méfaits, critiquant ses méthodes répressives, regrettant l'absence de libertés, se plaignant du favoritisme ambiant, etc.  Maintenant, l'Iran nous croule sous la dictature alors qu'au début le nouveau régime devait apporter la démocratie, la liberté et le développement. La plupart d'entre nous regrettent de l'avoir soutenue." Nombreux sont les iraniens qui précisent : "Ne commettez pas la même erreur en Irak !"

L'occupation iranienne du puits de pétrole irakien d'Al-Fauqa [à la mi-décembre] doit être analysée à l'aune de ce que nous venons d'expliquer. Téhéran espère déclencher une crise internationale afin d'échapper à la crise interne. La meilleure chose qui puisse lui arriver serait en effet que "l'ennemi américain" lui livre bataille. Les Iraniens voulaient embarrasser les occupants de l'Irak et leurs alliés [locaux], surtout en cette période. La classe politique et la population irakiennes ont unanimement condamné l'occupation d'un bout de leur territoire. Mais les dirigeants irakiens et américains ont fait preuve d'une grande sagesse en évitant d'engager les hostilités militaires. Si l'on avait tenté de reprendre ce puits par la force, on aurait offert une bouée de sauvetage au régime iranien, qui aurait pu alors détourner l'attention de sa population des revendications de liberté en parlant de "l'agression américaine". Tous ceux qui s'aventureraient à attaquer l'Iran feraient un merveilleux cadeau à Mahmoud Ahmadinejad. Ce puits de pétrole reviendra à l'Irak par des moyens pacifiques, en vertu des lois internationales et des accords bilatéraux. Mais, pour le moment, l'important est de ne pas contrecarrer la révolution en Iran. Si elle aboutit, elle instaurera un régime démocratique et laïc réconcilié avec ses voisins et le monde.

25.01.2010

Obama ou l'impasse des petits pas

obama1.jpgPour le parti démocrate et pour le président des Etats-Unis, la perte inattendue du siège détenu au Massachusetts par Edward Kennedy (décédé en août dernier) représente un échec redoutable. Car il met en danger le sort de plusieurs initiatives importantes, correspondant à autant d’engagements de campagne de M. Barack Obama.

La réforme de la santé tout d’abord, qui n’a pas été définitivement adoptée et à laquelle, dorénavant, les républicains peuvent s’opposer indéfiniment au Sénat lorsque l’ultime version de ce texte reviendra dans cette assemblée. Les problèmes ne s’arrêtent pas là, au contraire : la réforme financière, la promesse d’une loi rétablissant le droit des syndicats, les engagements (déjà si modestes) pris en matière d’environnement à Copenhague ; tout cela est également mis en péril.

Pour mesurer ce qui vient de se passer au Massachusetts, il faut savoir que le nouveau sénateur républicain d’un Etat qui, en 1972, avait été le seul du pays à voter contre la réélection triomphale de Richard Nixon (et en faveur du pacifiste George McGovern), a proclamé pendant sa campagne qu’il était favorable à la torture comme méthode d’interrogatoire des personnes soupçonnées de terrorisme, hostile au plan présidentiel de réduction des émission de gaz à effet de serre et – naturellement ! – opposé à la réforme du système de santé défendue par le président des Etats-Unis.

« Le moment Obama est terminé », concluait il y a quelques mois un penseur néoconservateur. Il estimait en effet que l’élection de novembre 2008 avait constitué un accident de l’histoire américaine portant à la présidence un homme trop à gauche pour le pays et qui profita d’un moment de désarroi national pour faire passer son programme.

En réalité, les premiers mois de la présidence ont surtout été marqués par le désir de M. Obama de ne pas paraître tirer un avantage politique de la crise économique et financière, de multiplier les concessions à ses adversaires, pourtant en déroute et disposés à ne lui faire aucun quartier, de demeurer calme et centriste, technocrate et compétent.

Justifiant, par exemple, la taxe qu’il se propose de faire payer aux banques (si, là encore, le Congrès y consent…) il a plaidé le 16 janvier dernier auprès de ceux qui redoutent qu’un tel impôt n’effarouche la finance : « Cette année, Wall Street va distribuer davantage sous forme de bonus et de compensations diverses que le produit de cet impôt sur les dix prochaines années. »

Pour reconquérir une partie de l’électorat qui a voté pour lui il y a un an avec l’espoir que les choses changent vraiment, et qui s’avoue déjà déçu de son bilan, M. Obama devrait peut-être se faire violence. Et tenter d’être moins « raisonnable ».

20.01.2010

Réformer l'islam, une nécessité ?

A l’heure du terrorisme islamique, des attentats suicides et de la propagation de la haine anti-occidentale, quel sera l’avenir des relations entre Islam et Occident ? Allons-nous vers une confrontation généralisée entre le monde occidental civilisé et les franges arriérées de l’Islam politique ? Nous aurions tort de rejeter cette perspective : à l’aube d’une prolifération anarchique des armes nucléaires, rien ne pourra empêcher un groupe terroriste de lancer une attaque apocalyptique contre plusieurs villes américaines et européennes simultanément. Tout est une question de temps : déjà des savants pakistanais transmettent des informations stratégiques à leurs collègues iraniens, et rien n’interdit de penser que plusieurs spécialistes nucléaires collaborent déjà avec des groupuscules terroristes. Les 50 millions de morts de la seconde guerre mondiale risqueront de devenir dérisoires face à l’apocalypse nucléaire que nous réserve l’avenir. Les musulmans seront d’ailleurs les premières victimes de ce premier et dernier génocide anti-occidental de l’Histoire : si les islamistes algériens rêvent de transformer Paris en un immense brasier ardent, ils rêvent également d’exterminer tous ces traîtres algériens qui pactisent, à leurs yeux, avec l’Occident impie.

Pour une analyse profonde l’idéologie musulmane

Nos politiques occidentaux croient qu’il suffit de résoudre les symptômes politiques et non les causes idéologiques de cette haine criminelle contre l’Occident. Ils entretiennent des régimes despotiques, en Tunisie, en Egypte, au Pakistan et ailleurs qui aggravent le déficit démocratique dont souffre la jeunesse arabo-musulmane. En particulier la famille Bush est pleinement responsable du maintien au pouvoir du wahhabisme saoudien, cette secte rétrograde et barbare dont est idéologiquement issu Ben Laden. Notre attitude aveugle consiste à détourner pudiquement le regard, respect des cultures différentes oblige, sur les raisons véritables à l’idéologie de la guerre sainte, et à préférer une lecture superficielle sur une analyse profonde de la pensée musulmane. Combien de fois avons-nous entendu des intellectuels issus de la génération 68 prétendre que « seule la pauvreté est responsable de l’intégrisme » ? Faut-il leur rappeler que les terroristes du 11 septembre 2001 étaient au contraire des individus instruits, bien éduqués et appartenant à des milieux sociaux relativement aisés ? Faut-il leur rappeler que l’islamisme radical se porte beaucoup mieux en Arabie Saoudite, pays relativement prospère, qu’en Maurétanie et au Sénégal, parmi les plus pauvres au monde ? 

Après que l’Allemagne nazie eut commis les crimes qu’on connaît, toute la société allemande a réalisé son « mea culpa » et a cherché à comprendre ce qui, dans la culture et la pensée collective nationale, aurait pu conduire à l’acceptation odieuse de la Shoah. A l’inverse, après les attentats du 11 septembre, rares furent les imans éclairés qui commencèrent à douter de l’interprétation du Coran chez leurs ouailles, et les quelques intellectuels musulmans courageux qui osèrent établir un lien entre Islam et islamisme furent vite réduits au silence. Pour preuve de cette absence totale de remords et d’esprit critique, les autorités religieuses égyptiennes tolèrent encore de violent prêches anti-américains à l’intérieur de la grande mosquée du Caire. Or que dirait-on si le cardinal Lustiger laissait des intégristes catholiques hurler leur haine des Juifs et des mécréants, porte-voix aidant, au sein même de la cathédrale de Paris durant un office ? Eh bien ce qui est scandaleux en Occident paraît normal en Orient. Cette différence flagrante de mentalité montre bien que la pieuvre de l’islamisme trouve son explication au plus profond de la pensée collective musulmane, et que la violence, le terrorisme, l’intolérance, la haine islamistes relèvent d’une maladie consubstantielle à l’Islam. 

Réformer l’Islam, la seule antidote à l’islamisme

Car que l’on veuille ou non, les concepts odieux de « guerre sainte », de « lutte contre les infidèles », de « meurtre contre les incroyants », se trouvent précisément inscrits noir sur blanc dans le Coran. On peut reprocher tout ce qu’on veut aux terroristes islamistes, mais pas de ne pas savoir lire : « Faites la guerre contre les gens du Livre qui […] n’acceptent pas la religion d’Islam » (s 9, v.29), car « ceux qui suivent Mohamed sont impitoyables pour les incrédules » (s.48, v.29)… « Les juifs et les chrétiens […] sont les plus vils de toutes les créatures » (s.98, v.51), autant de leitmotivs coraniques ressassés par les islamistes frustrés et abrutis par leur religion guerrière. Que l’on veuille ou non, la première lecture de l’Islam en donne une l'image d'une religion politique qui se sert de la guerre pour étendre au monde sa bonne parole monothéiste : « Si tu n’arrives pas à les convaincre par la persuasion, convainc-les par les armes » lit-on dans le 9ième sourate.

Les textes sacrés de l’Islam, Coran et Hadîts, présentent donc une dangerosité intrinsèque qu’il faut combattre si nous voulons terrasser la bête immonde de l’islamisme. Mais comment faire ? En attaquant les musulmans de front pour extirper – de gré ou de force – leur croyance absurde de leurs esprits insensés ? Ce serait se conduire exactement comme les terroristes islamistes que nous dénonçons pourtant. Alors envoyer des missionnaires chrétiens en terre d’Islam pour convertir massivement les musulmans à une foi plus douce, réconciliant ainsi Occident et Orient ? Il faudrait être bien naïf pour croire un instant que les musulmans vont renoncer à leur propre identité pour adhérer spontanément à une religion symbole de l’Occident méprisé. Alors donner le temps au temps en espérant que le progrès économique, le renouveau démocratique, l’émergence de classes moyennes instruites contribuent à la victoire progressive de la sécularisation sur l’imprégnation étouffante de la religion ? C’est l’objectif secret des démocrates occidentaux. Hélas, il semble pourtant que cette dernière stratégie, en dépit de l’intérêt qu’elle semble présenter, montre de sérieuses limites.

En effet, la nature humaine fait qu’il est impossible que l’Homme puisse se passer de religion, ou du moins de spiritualité. L’expérience communiste le démontre clairement : ni la destruction des Eglises et des Temples, ni l’athéisme officiel n’ont réussi à éradiquer le Christianisme de Pologne ou de Russie, bien au contraire. Là aussi, que l’on veuille ou non, les « musulmans actuels » ont besoin de croire en quelque chose.

Dans ces conditions, il faut laisser les musulmans croire en Allah, le Dieu unique, mais influer de manière décisive sur la conception de leur foi autrefois grossière et guerrière afin qu'elle se mue en spiritualité positive pour l’Humanité entière. En d’autres termes, il faut entreprendre la réforme théologique de l’Islam, exactement comme Martin Luther initia la réforme du Christianisme après l’abus des « Indulgences » au XVIième siècle.

17.01.2010

Camus étranger au monde arabe, par Abdessalam Benabdelali

Cinquante ans après sa mort, Albert Camus est toujours loin de faire l'unanimité dans le monde arabe. Le quotidien panarabe Al-Hayat refuse ainsi de le placer au panthéon de la littérature mondiale. 

camus_2.gifOn ne peut qu'être irrité par la proposition du gouvernement français de transférer les cendres d'Albert Camus au Panthéon [avancée par Nicolas Sarkozy le 19 novembre 2009, elle se heurte à l'opposition des héritiers de l'écrivain]. Il s'agit d'une tentative de récupération du cadavre de l'auteur de La Chute, et cela malgré le refus que celui-ci avait manifesté de son vivant de toute appartenance politique ou idéologique. L'auteur du Malentendu inspirait des sentiments mitigés à tout le monde, à gauche comme à droite, aux Arabes comme aux Européens, aux Français comme aux Algériens. Car les positions de l'auteur de L'Etranger - ce personnage qui considère l'existence comme dépourvue de sens et ne perçoit pas de différence entre la tristesse et la joie, ni entre la vie et la mort - n'étaient pas exemptes de toute ambiguïté, bien au contraire.

En ce qui nous concerne, nous autres Arabes, impossible de ne pas partager la joie de vivre, toute méditerranéenne, de l'auteur des Noces, de ne pas admirer sa vigilance, de ne pas adhérer à sa défense sans relâche des pauvres et des opprimés. Il n'en reste pas moins que nous ne pouvions pas non plus fermer les yeux sur le fait que l'auteur de La Peste décrive la ville d'Oran comme si aucun Arabe n'y habitait, ou que Meursault, le "héros" de L'Etranger, tire des coups de feu sur un Arabe à la plage "à cause du soleil". 

C'est pour tout cela que, malgré notre amour pour Camus, nous nous sommes toujours sentis plus proches de Sartre. C'est pour cela que, malgré notre sympathie pour Meursault, nous avons toujours eu plus de compréhension pour Roquentin [le héros de La Nausée]. D'autant plus, peut-être, que nous n'avions trouvé ni dans Le Mythe de Sisyphe, ni dans L'Homme révolté la force de l'écriture et la charge polémique de Sartre. Certes, nous allions comprendre par la suite que la philosophie de Sartre n'était pas aussi puissante que nous l'avions imaginé ; mais il n'en reste pas moins que l'auteur de Qu'est-ce que la littérature ? éclipsait la plupart de ceux qui l'entouraient. Camus était resté à l'écart de la cour sartrienne, ce qui ne l'a pas empêché de dénoncer la violence et l'injustice. Mais force est de constater qu'il n'avait pas été capable de faire un choix clair entre la justice et la liberté, d'un côté, l'amour pour sa mère et les rayons de soleil à Tipaza, de l'autre.

 Abdessalam Benabdelali

22.12.2009

Le minaret est tombé, on a pendu le coiffeur, par Tahar Ben Jelloun

Ah ! S'ils pouvaient être invisibles, sans book19.jpgodeurs, sans couleurs, silencieux et si possible transparents ! Leur religion, ils la pratiqueraient chez eux, sans faire de bruit, et surtout repliés sur eux-mêmes. La foi étant intérieure, ils n'auraient besoin ni de mosquée et encore moins de minarets. Ce serait l'idéal. Des immigrés parfaits. Rien ne serait dérangé dans le paysage.

Ils travailleraient de nuit de préférence pour ne pas déranger les braves citoyens qui dorment. Leurs femmes ne feraient pas d'enfants, parce qu'avant d'arriver là, elles se seraient fait ligaturer les trompes. Ce serait une présence si légère, si discrète que personne ne remarquerait rien et n'aurait surtout rien à leur reprocher. Ni voile, ni burqa, ni exaspération, ni racisme. Mais alors que ferait le Front national ? Privé de ce thème riche en peurs et en inquiétudes, il serait capable de protester contre cette absence de visibilité. Il réclamerait que leur présence soit grotesque, dérangeante, brutale et insupportable.

Avant, au début des années 1970, les immigrés n'existaient pas. Ils étaient là, travaillaient durement, mais on ne les voyait pas et on ne parlait jamais d'eux. Ils vivaient dans des cités de transit, loin des villes, loin des grands boulevards. Mais les Arabes sont incorrigibles ! Voilà qu'en 1973, ils sortent l'arme du pétrole. On a appelé cela "le choc pétrolier". Une descente dans les quartiers pourris de Marseille une nuit s'était soldée par une dizaine de morts, tous immigrés, tous maghrébins.

Tout d'un coup, les immigrés sont apparus dans les médias. Certains journaux évoquaient leurs conditions de vie, d'autres réclamaient leur renvoi pour répondre au président algérien Houari Boumediene. Je me souviens d'un éditorial de Jean Dutourd en première page de France Soir où il incitait les pouvoirs publics à des représailles. On aurait dû l'écouter et les renvoyer tous ; la France se serait développée toute seule, sans l'aide d'une main-d'oeuvre venue des anciennes colonies.

Depuis, ils ne cessent d'exister à leur corps défendant. Ils sont là, pas plus nombreux qu'il y a quarante ans, mais avec des enfants, lesquels sont de fait des Français d'un autre type, non reconnus, non considérés. Alors, face à ce refus, face à la discrimination, le repli. Même ceux qui ne faisaient pas grand cas de leur religion se sont mis à la revendiquer et à en faire une culture, une morale et une identité. Le reste allait vite prendre des proportions inquiétantes. Le fanatisme allait s'engouffrer dans cette brèche. Le dialogue entre l'immigration et la France est devenu un choc des ignorances. Les amalgames, le racisme ordinaire planqué dans l'inconscient collectif, le malheur et le malaise se sont installés dans le pays, et ce depuis longtemps.

L'homme et le chagrin

La vérité a des racines dans la souffrance d'une guerre et d'une mémoire encore meurtrie. Comme dit Herman Melville, "quand elle est exprimée sans compromis, la vérité a toujours des bords déchiquetés". C'est ce que devrait faire la France qui refoule l'assainissement de son histoire récente et continue de repousser cette vérité qu'il faudra bien un jour aborder. L'Algérie sombre dans la déchirure et le mal-être. La France ne sait pas lui parler et croit rendre service au peuple algérien en étant complice de ses dirigeants impopulaires et incompétents.

Mais le problème est peut-être dans ce grand malaise où, entre l'homme et le chagrin, les deux Etats choisissent le chagrin. Des millions d'hommes et de femmes sont immigrés dans ce pays et n'arrivent pas à annuler leur corps, leur apparence physique ni leurs désirs pour supporter de vivre dans une société qui ne les accepte pas tout à fait. Leurs enfants, dont certains (40 %, paraît-il) condamnés au chômage et aux dérives de la délinquance font du tapage, perturbent l'ordre, crient leur désespoir.

Alors mosquées, minarets, voile, burqa et bien d'autres signes extérieurs de présence deviennent très secondaires et ne parlent pas pour les laissés-pour-compte. L'immigration rêvée ne tient pas ses promesses. Elle envahit la scène et voilà que la France se demande ce qu'elle a fait pour mériter l'invasion turbulente d'une culture où tout l'énerve et l'exaspère.

Tahar Ben Jelloun

16.08.2009

Une chaine de télévision turque lancera prochainement une émission de télé-réalité qui vous permettra de trouver... la foi ! Ou de la perdre...

 

Les candidats athées succomberont-ils aux assauts du prêtre, du rabbin, de l'imam ou du moine bouddhiste ? La nouvelle émission de télé-réalité de la chaîne turque Kanal T n'est pas encore sur les ondes qu'elle déchaîne les passions, constate le magazine allemand Der Spiegel.

Kanal T ne compte pas parmi les grandes chaînes de télévision turques. Jusqu'à présent, cette petite chaîne spécialisée, dont les bureaux se situent au milieu d'une zone industrielle d'Istanbul, a surtout fait les gros titres à cause de son directeur : Seyhan Soylu, 36 ans, surnommé "Sisi" par la presse, ancien agent de police, ex-journaliste, transsexuel et "enfant terrible" de la nation.

A 20 ans, ce fils de diplomate diplômé de l'académie de police se fait opérer et devient une femme. A 22 ans, Sisi fait la couverture de Playboy et commence à s'intéresser à la politique. En 1997, Seyhan Soylu, alors "au service de l'Etat", aurait participé à la chute du Premier ministre fondamentaliste Necmettin Erbakan. En septembre dernier, la blonde aux biceps tatoués et à la langue bien pendue est temporairement placée en détention, soupçonnée d'appartenir à une organisation terroriste.

Pas étonnant, se disent dès lors les Turcs, que l'émission télévisée la plus controversée du moment soit également à mettre au compte de cette Sisi. Depuis plusieurs semaines, la polémique enfle autour d'une émission de télé-réalité baptisée Tövbekarlar Yarisiyor [qu'on pourrait traduire par "Les athées dans l'arène"] et née de l'imagination de Soylu.

Les protagonistes de cette émission sont douze candidats athées et des représentants de grandes religions, parmi lesquels un prêtre catholique, un prêtre orthodoxe, un imam, un rabbin et un moine bouddhiste. Durant huit semaines, chaque religieux devra tenter de convertir les candidats. La production promet des discussions privées, des débats et des visites d'églises et de mosquées. Si l'un des dignitaires religieux parvient à convertir un candidat, celui-ci se verra offrir par la chaîne un pèlerinage vers son nouveau lieu saint : La Mecque pour les nouveaux musulmans, Jérusalem pour les juifs, le Vatican pour les catholiques et le Tibet pour les bouddhistes.

Ce concept, qui pourrait ressembler à une farce, est pris très au sérieux par les responsables de la chaîne. "Nous avons choisi nos 12 athées parmi plus de 200 candidats. Nous avons également reçu l'accord du Vatican qui veut nous envoyer un prêtre", souligne Soylu dans son bureau du quartier de Güngören. La question du rabbin et du moine bouddhiste serait déjà réglée et seul le choix du représentant musulman poserait encore problème. En effet, les autorités religieuses turques ne verraient pas cette émission d'un très bon œil, explique Soylu.

C'est peu dire. Le département des affaires religieuses d'Ankara, le Diyanet, a réagi avec indignation à l'annonce du programme de Kanal T. "Aucun imam ne participera à cette mascarade", s'est exclamé le président de Diyanet, Ali Bardakoglu, pour qui cette émission est "une grave erreur" et une "insulte à la religion". Le grand mufti d'Istanbul, Mustafa Cagrici, qui fait partie avec Bardakoglu des personnalités les plus respectées chez les musulmans turcs, redoute également un avilissement de la foi. Les expérimentations avec Dieu nuisent à la paix civile, s'est-il agacé.

Sans imam, l'émission a peu de chance de trouver son public dans un pays composé à 99 % de musulmans. Soylu, qui se dit "musulmane croyante mais non dogmatique", a donc décidé de contre-attaquer et ira chercher un imam en Tunisie s'il le faut. "Où est le problème ? Nous ne voulons pas provoquer une guerre de religion, se défend-elle. Nous voulons aider des gens à trouver Dieu." Si l'émission portait effectivement atteinte à certaines religions, la chaîne serait condamnée à une amende par les autorités de contrôle des médias. Dans le pire des cas, elle pourrait même se voir retirer son autorisation de diffusion.

Cela fait déjà un certain temps que l'organe de surveillance de l'audiovisuel est confronté à des programmes plus absurdes les uns que les autres. Dans la guerre de l'Audimat, les chaînes de télévision turques rivalisent de créativité pour faire de la télé-poubelle comme avec Ver coskuyu, où les candidats sont recouverts d'insectes ou reçoivent des décharges électriques pendant qu'ils chantent une chanson. Dans une autre émission, accusée de sexisme, un homme doit affronter cinquante blondes dans un test de connaissances et couvrir de ridicule ses adversaires féminines.

28.07.2009

Les femmes arabes en politique, une nouvelle méthode stratégique pour contrer les islamistes ?

photo_0302_459_306_39757.jpgLe 16 mai 2009, quatre femmes gagnent haut la main, les élections législatives au Koweït. Hasard ou coïncidence, les islamistes perdent énormément de voix et se retrouvent d'ailleurs dans l'opposition. Ces mêmes islamistes gagnaient encore des voix, il y a quelques années, dans cet Emirat où la femme à encore de nombreux combats à mener pour sa dignité.

Il y a seulement 4 ans, le Koweït a autorisé  à la femme de voter et à se présenter à des élections. Les Koweitiennes et Koweitiens ont rapidement envoyés une réponse clair et sans détours. Oui, nos mères, nos soeurs, nos cousines ont le droit de donner leur avis politique, et  ainsi représenter le peuple dans sa totalité. Désormais la classe politique ne pourra plus revenir en arrière, une partie de l'histoire leur échappe...

La femme devient-elle une stratégie pour contrer les islamistes ?

Bonne nouvelle, la femme arabe devient intéressante pour le monde politique arabe. Désormais elles pourraient devenir l'instrument, (malheureux ?)  pour contrer les islamistes dans leur stratégie politique.  Nous devons soutenir cette stratégie dans un esprit d'ouverture mais si celle-ci vise à stabiliser les dictatures arabes sans lancer un vaste projet d'ouverture du champ démocratique, des droits de l'homme (et de la femme), de la liberté de la presse..., sauve qui peut !

Une bonne avancée à condition que ces femmes ne soient pas mises sous tutelle... des hommes

Il faut saluer le peuple Koweitien dans cette démarche historique. Espérons néanmoins que les nouvelles parlementaires pourront mener à bien leur travail politique et ce, en toute indépendance avec une volonté ferme de ne pas être sous tutelle masculine.

Cet épisode unique mérité tout de même de rappeler que les peuples arabes ne sont pas non plus aveugles de ce qui se déroule dans l'autre monde...

25.07.2009

Maroc : une réforme silencieuse du champ religieux

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Commandeur des croyants (Amir al Mouminine), le roi Mohammed VI, qui célèbre ses dix ans de règne, a insufflé un vent de modernisme dans le champ religieux en lançant en 2004 une vaste réforme en pleine montée des courants islamistes radicaux.

C'est une révolution silencieuse, qui intervient dans une conjoncture également caractérisée par l'anarchie des fatwas (avis religieux) amplifiées par les chaînes satellitaires arabes et les sites internet.

Cette réforme porte sur la restructuration du ministère des Affaires islamiques, la révision de la législation sur les lieux de culte ainsi que la modernisation de l'enseignement religieux dans le royaume. Une commission a aussi été créée pour donner des avis religieux sur des questions d'intérêt général et réglementer les fatwas.

En 2008, l'opinion internationale s'était émue de la fatwa du cheikh Mahgraoui, qui dirigeait l'Association Dar Al Quran à Marrakech (centre), autorisant le mariage des filles dès l'âge de neuf ans. Cette fatwa avait été condamnée par le conseil supérieur des oulémas (théologiens officiels) et l'association avait été fermée.

La même année, Mohammed VI avait annoncé une réforme du conseil supérieur des oulémas, des imams et des mosquées. La communauté marocaine établie à l'étranger n'avait pas été oubliée et un conseil des oulémas pour les Marocains d'Europe avait été créé.

En juin dernier, concrétisation de cette reprise en main avec le lancement d'un programme de mise à niveau des imams, qui encadrent les croyants, exercent dans les villes et les campagnes.

"Nous avons 45.000 imams au Maroc et les statistiques de 2006 ont démontré que 82% d'entre eux n'ont aucune formation de base. Ils ont juste appris le coran par coeur", explique le ministre des Affaires islamiques Ahmed Tawfiq.

Dans la même optique, des prédicatrices ont été formées, preuve qu'un vent d'ouverture et de modernisme commence à souffler sur le champ religieux.

La réforme touche aussi l'Institut supérieur d'études islamiques (Dar Al Hadith Al Hassania). Cette école, qui enseignait jusqu'ici uniquement les sciences islamiques, a introduit de nouvelles disciplines comme les études religieuses comparées, les langues, anciennes et vivantes, et les sciences sociales et économiques.

La réforme s'est aussi concrétisée par le lancement d'une chaîne de télévision et une radio dédiées à l'islam.

L'octroi de bourses de recherche pour les imams, les prédicateurs et les lauréats de l'université des sciences religieuses Quaraouiyine de Fès (centre) pour étudier dans des universités anglo-saxonnes sont quelques-unes des autres facettes de cette réforme.

Pour éviter des fatwas comme celle du cheikh Maghraoui, le secrétaire général du Parti (islamiste) renaissance et vertu (PRV) Mohamed Khalildi estime qu'"un théologien doit aussi avoir des connaissance en psychologie et en médecine. Il ne suffit plus d'avoir un diplôme en études islamiques pour être théologien".

Pour Mohamed Hamdaoui, président du Mouvement unicité et réforme (MUR), une association proche du Parti (islamiste) justice et développement (PJD), "le vrai défi est de pouvoir répondre à la demande des Marocains en matière de fatwas plutôt que de s'adresser aux muftis des chaînes satellitaires du Moyen-Orient".

En dix ans de règne, Mohamed VI a ainsi insufflé un vent de modernisme sur le champ religieux au Maroc, marqué pendant des décennies par le conservatisme et la léthargie.

24.07.2009

Réformer l'islam, une nécessité pressante

dyn001_original_454_410_jpeg_2585772_be15bb83b76e68cc99f052c0653d054b.jpg"Le Coran ne parle pas, ce sont les hommes qui parlent à travers lui", a dit ‘Ali, le gendre du Prophète. Détail majeur dans l’interprétation et la compréhension de l’islam. Postulat indispensable pour briser les chaînes qui maintiennent la religion musulmane dans un carcan trop étroit car figée à une époque donnée. Non, la religion musulmane ne découle pas entièrement et immédiatement du seul Coran, qui serait la parole de Dieu nue, absolue et éternelle. Car cela, comme nous le constatons tous les jours, bloque les processus d’évolution des sociétés musulmanes et islamiques.

Paralysées par une extrême prudence, elles se cachent derrière une inaptitude à présenter aux yeux de monde une approche à la fois fidèle à l’islam et en phase avec le progrès et la modernité. Tous les pays musulmans sont en retard, tant sur le plan culturel que dans les domaines des sciences et des connaissances, sans parler de la technique et de la création. Tout leur mode de vie est concentré jusqu’à l’obsession sur le respect de la tradition. Bloquées, les pieds dans le ciment du dogme, les sociétés contemporaines musulmanes regardent passer le train du futur sans pouvoir monter dedans. Il est grand temps que cela cesse. Mais pour briser le tabou il faut du courage. Certains l’ont payé de leur vie (Mahmoud Mohammed Taha fut pendu en 1985 par la junte militaire soudanaise pour apostasie). C’est donc un grand coup de chapeau que l’on doit tirer à Abdelmajid Charfi, cet éminent professeur à l’université des lettres de Tunis, historien et sociologue musulman, qui ose penser l’islam de l’intérieur avec le regard neuf d’un homme du XXème siècle (il est né en 1942). Ainsi, Charfi n’a de cesse de tenter de démontrer que les sciences sont une chance pour la religion, et non son ennemie. Et il développe son propos en arabe, à dessein, car en s’adressant en premier lieu aux lecteurs unilingues qui, souvent, vivent repliés sur la culture du passé sans avoir la moindre idée des avantages qu’ils pourraient retirer des champs de connaissance modernes et même des problèmes et questions connexes qu’ils soulèvent. Pourquoi écrire en anglais ou en français (même si ce vecteur a plus de chance d’atteindre la communauté scientifique internationale) alors que la langue arabe se prête tout aussi bien à l’exercice de la pensée ?

Soyons clairs : seules les élites des sociétés musulmanes ont le libre choix, celui d’aller étudier en Occident ou de rester au pays, les 98% restant de la population sont maintenues sous le boisseau de la religion dictatoriale et continuent à osciller entre hostilité et fascination pour "l’autre monde". L’éducation est alors souvent concentrée sur les études religieuses ; et les filles en sont généralement exclues. Les rares qui tentent de s’extraire de la sphère islamique sont muets car il leur est impossible de s’exprimer librement du fait de l’influence conjuguée d’un pouvoir tyrannique, de la pression sociale, de la peur et de la suspicion qui suscite une parole neuve ...

Mais les sociétés musulmanes sont hétérogènes et la modernisation parvient parfois à y creuser un fin sillon par lequel s’acheminent quelques idées nouvelles comme, par exemple, le statut de la femme et le droit à l’enseignement. Mais c’est bien peu, c’est aussi très lent à se mettre en place. Trop lent.

Abdelmajid Charfi fait ici le pari audacieux de l’avenir en comptant sur la jeunesse pour faire sauter le verrou. Internet et la satellite ont apporté une autre vision du monde. Ainsi, les musulmans de la nouvelle génération souhaitent une réflexion islamique qui tiennent compte des quatre grandes révolutions majeures que l’humanité a connues :

Premièrement, Copernic qui découvrit que la terre n'est pas le centre de l'univers ;
Deuxièmement, Darwin qui inscriva dans l'histoire moderne sa théorie de l'évolution démontrant que l'homme a perdu le rand à part qu'il croyait occuper au sein du règne animal ; 
Troisièmement,  Freud et sa réflexion qui tend à dire que l'homme n'agit pas selon sa seule volonté consciente mais qu'il est soumis à l'influence de son inconscient, avec le refoulement et les pulsions que cela induit ;
Quatriètemement, le destin n'est plus, désormais la biotechnologie et la génétique ont pris, dans une certaine mesure, le pouvoir sur le contrôle de la vie ;

A tout cela s’ajoute tout naturellement les médias, on l’a dit, mais aussi la prospérité matérielle, une société sociale plus humaine, des valeurs nouvelles. Il convient donc impérativement de suivre les préceptes de Mahmoud Mohamed Taha qui, dans le livre qui lui a coûté la vie, Le second message de l’islam, affirmait que le message de Muhammad était destiné à toute l’humanité durant la période mecquoise, mais restreint aux contemporains du Prophète dans la période médinoise. En conséquence il est d’avis de supprimer les prescriptions contenues dans le message restreint car elles étaient appropriées aux conditions de vie du début duVIIème siècle, mais elles ne le sont plus à celles de la seconde moitié du XXème siècle ! Il faut donc revenir au message universel qui demeure valable, bien que le contexte ait changé.

Et comme ici aussi, tout comme chez les juifs et les chrétiens, tout n’est que pouvoir ; l’idée même d’un retour aux véritables valeurs d’une religion pour aider les hommes à vivre mieux est aussitôt traitée d’apostasie et l’on tue celui qui a osé bafouer les règles. Honte à tous ces intégristes grabataires ou infantiles, honte à tous ceux qui maintiennent le peuple musulman dans l’ignorance crasse pour pouvoir les manipuler et les exploiter ! Travaillons pour un islam adapté en tout point au valeur progressiste, défendons un islam réformé, Vive l’islam réformé !

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