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26.01.2010

Tous les prétextes sont bons pour Ahmadinejad

ahmadinejad.jpgOn a l'habitude de voir les régimes dictatoriaux exporter leurs tensions intérieures vers l'extérieur. Quand ils sont menacés d'être renversés par leur population, ils cherchent le salut dans un ennemi étranger afin de faire oublier les problèmes domestiques et de restaurer l'unité du pays. C'est ce qu'avait fait Saddam Hussein en 1980 en déchirant les accords d'Alger, qu'il avait lui-même signés avec Téhéran, pour déclarer la guerre à son voisin de l'est, une guerre qui a duré huit années et qui a fait plus d'un million de morts et au moins autant de handicapés.

La République islamique n'a pas tenu ses promesses de liberté, de démocratie et de développement économique. C'est pour cela que de nombreux partis et groupes qui ont participé à la révolution de 1979 se sont retrouvés rapidement dans l'opposition. Dès le début, le régime a procédé à des purges. Ainsi, le premier président élu de la République, Abdolhassan Bani Sadr, a fui le pays en 1981, déguisé en femme pour demander l'asile politique en France. D'autres ont été accusés de conspiration et exécutés. Ces purges ont été grandement facilitées par quelque chose que le nouveau régime a ressenti comme un cadeau du ciel : la guerre déclenchée par Saddam Hussein. Elle venait à point nommé pour resserrer les rangs entre factions et pour justifier l'élimination des fortes têtes.

Cette guerre a duré huit années, a fauché des âmes et détruit l'économie. Mais la seule chose qui importait aux régimes de Téhéran et de Bagdad était de se maintenir au pouvoir à tout prix. Les Iraniens considéraient qu'ils étaient le "bouclier de l'islam" et que l'islam tout entier risquait de disparaître s'ils cédaient. De l'autre côté, Saddam Hussein se considérait comme une "nécessité patriotique" puisqu'il était le "rempart de la nation arabe" [face aux "Perses"]. La guerre s'est arrêtée quand Ruhollah Khomeyni a compris qu'il devait "boire la ciguë" de l'armistice s'il voulait éviter que le "bouclier" se fissure.

L'Iran est un beau pays doté de contrées si vastes que les quatre saisons y cohabitent, pourvu de ressources naturelles et humaines que beaucoup lui envient et dont la population est pénétrée de civilisation et d'urbanité. A chaque fois qu'un étranger voyage en Iran, les gens profitent de la présence de "l'occidental" pour lui faire part de leur lassitude du régime, soulignant ses méfaits, critiquant ses méthodes répressives, regrettant l'absence de libertés, se plaignant du favoritisme ambiant, etc.  Maintenant, l'Iran nous croule sous la dictature alors qu'au début le nouveau régime devait apporter la démocratie, la liberté et le développement. La plupart d'entre nous regrettent de l'avoir soutenue." Nombreux sont les iraniens qui précisent : "Ne commettez pas la même erreur en Irak !"

L'occupation iranienne du puits de pétrole irakien d'Al-Fauqa [à la mi-décembre] doit être analysée à l'aune de ce que nous venons d'expliquer. Téhéran espère déclencher une crise internationale afin d'échapper à la crise interne. La meilleure chose qui puisse lui arriver serait en effet que "l'ennemi américain" lui livre bataille. Les Iraniens voulaient embarrasser les occupants de l'Irak et leurs alliés [locaux], surtout en cette période. La classe politique et la population irakiennes ont unanimement condamné l'occupation d'un bout de leur territoire. Mais les dirigeants irakiens et américains ont fait preuve d'une grande sagesse en évitant d'engager les hostilités militaires. Si l'on avait tenté de reprendre ce puits par la force, on aurait offert une bouée de sauvetage au régime iranien, qui aurait pu alors détourner l'attention de sa population des revendications de liberté en parlant de "l'agression américaine". Tous ceux qui s'aventureraient à attaquer l'Iran feraient un merveilleux cadeau à Mahmoud Ahmadinejad. Ce puits de pétrole reviendra à l'Irak par des moyens pacifiques, en vertu des lois internationales et des accords bilatéraux. Mais, pour le moment, l'important est de ne pas contrecarrer la révolution en Iran. Si elle aboutit, elle instaurera un régime démocratique et laïc réconcilié avec ses voisins et le monde.