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20.01.2010

Réformer l'islam, une nécessité ?

A l’heure du terrorisme islamique, des attentats suicides et de la propagation de la haine anti-occidentale, quel sera l’avenir des relations entre Islam et Occident ? Allons-nous vers une confrontation généralisée entre le monde occidental civilisé et les franges arriérées de l’Islam politique ? Nous aurions tort de rejeter cette perspective : à l’aube d’une prolifération anarchique des armes nucléaires, rien ne pourra empêcher un groupe terroriste de lancer une attaque apocalyptique contre plusieurs villes américaines et européennes simultanément. Tout est une question de temps : déjà des savants pakistanais transmettent des informations stratégiques à leurs collègues iraniens, et rien n’interdit de penser que plusieurs spécialistes nucléaires collaborent déjà avec des groupuscules terroristes. Les 50 millions de morts de la seconde guerre mondiale risqueront de devenir dérisoires face à l’apocalypse nucléaire que nous réserve l’avenir. Les musulmans seront d’ailleurs les premières victimes de ce premier et dernier génocide anti-occidental de l’Histoire : si les islamistes algériens rêvent de transformer Paris en un immense brasier ardent, ils rêvent également d’exterminer tous ces traîtres algériens qui pactisent, à leurs yeux, avec l’Occident impie.

Pour une analyse profonde l’idéologie musulmane

Nos politiques occidentaux croient qu’il suffit de résoudre les symptômes politiques et non les causes idéologiques de cette haine criminelle contre l’Occident. Ils entretiennent des régimes despotiques, en Tunisie, en Egypte, au Pakistan et ailleurs qui aggravent le déficit démocratique dont souffre la jeunesse arabo-musulmane. En particulier la famille Bush est pleinement responsable du maintien au pouvoir du wahhabisme saoudien, cette secte rétrograde et barbare dont est idéologiquement issu Ben Laden. Notre attitude aveugle consiste à détourner pudiquement le regard, respect des cultures différentes oblige, sur les raisons véritables à l’idéologie de la guerre sainte, et à préférer une lecture superficielle sur une analyse profonde de la pensée musulmane. Combien de fois avons-nous entendu des intellectuels issus de la génération 68 prétendre que « seule la pauvreté est responsable de l’intégrisme » ? Faut-il leur rappeler que les terroristes du 11 septembre 2001 étaient au contraire des individus instruits, bien éduqués et appartenant à des milieux sociaux relativement aisés ? Faut-il leur rappeler que l’islamisme radical se porte beaucoup mieux en Arabie Saoudite, pays relativement prospère, qu’en Maurétanie et au Sénégal, parmi les plus pauvres au monde ? 

Après que l’Allemagne nazie eut commis les crimes qu’on connaît, toute la société allemande a réalisé son « mea culpa » et a cherché à comprendre ce qui, dans la culture et la pensée collective nationale, aurait pu conduire à l’acceptation odieuse de la Shoah. A l’inverse, après les attentats du 11 septembre, rares furent les imans éclairés qui commencèrent à douter de l’interprétation du Coran chez leurs ouailles, et les quelques intellectuels musulmans courageux qui osèrent établir un lien entre Islam et islamisme furent vite réduits au silence. Pour preuve de cette absence totale de remords et d’esprit critique, les autorités religieuses égyptiennes tolèrent encore de violent prêches anti-américains à l’intérieur de la grande mosquée du Caire. Or que dirait-on si le cardinal Lustiger laissait des intégristes catholiques hurler leur haine des Juifs et des mécréants, porte-voix aidant, au sein même de la cathédrale de Paris durant un office ? Eh bien ce qui est scandaleux en Occident paraît normal en Orient. Cette différence flagrante de mentalité montre bien que la pieuvre de l’islamisme trouve son explication au plus profond de la pensée collective musulmane, et que la violence, le terrorisme, l’intolérance, la haine islamistes relèvent d’une maladie consubstantielle à l’Islam. 

Réformer l’Islam, la seule antidote à l’islamisme

Car que l’on veuille ou non, les concepts odieux de « guerre sainte », de « lutte contre les infidèles », de « meurtre contre les incroyants », se trouvent précisément inscrits noir sur blanc dans le Coran. On peut reprocher tout ce qu’on veut aux terroristes islamistes, mais pas de ne pas savoir lire : « Faites la guerre contre les gens du Livre qui […] n’acceptent pas la religion d’Islam » (s 9, v.29), car « ceux qui suivent Mohamed sont impitoyables pour les incrédules » (s.48, v.29)… « Les juifs et les chrétiens […] sont les plus vils de toutes les créatures » (s.98, v.51), autant de leitmotivs coraniques ressassés par les islamistes frustrés et abrutis par leur religion guerrière. Que l’on veuille ou non, la première lecture de l’Islam en donne une l'image d'une religion politique qui se sert de la guerre pour étendre au monde sa bonne parole monothéiste : « Si tu n’arrives pas à les convaincre par la persuasion, convainc-les par les armes » lit-on dans le 9ième sourate.

Les textes sacrés de l’Islam, Coran et Hadîts, présentent donc une dangerosité intrinsèque qu’il faut combattre si nous voulons terrasser la bête immonde de l’islamisme. Mais comment faire ? En attaquant les musulmans de front pour extirper – de gré ou de force – leur croyance absurde de leurs esprits insensés ? Ce serait se conduire exactement comme les terroristes islamistes que nous dénonçons pourtant. Alors envoyer des missionnaires chrétiens en terre d’Islam pour convertir massivement les musulmans à une foi plus douce, réconciliant ainsi Occident et Orient ? Il faudrait être bien naïf pour croire un instant que les musulmans vont renoncer à leur propre identité pour adhérer spontanément à une religion symbole de l’Occident méprisé. Alors donner le temps au temps en espérant que le progrès économique, le renouveau démocratique, l’émergence de classes moyennes instruites contribuent à la victoire progressive de la sécularisation sur l’imprégnation étouffante de la religion ? C’est l’objectif secret des démocrates occidentaux. Hélas, il semble pourtant que cette dernière stratégie, en dépit de l’intérêt qu’elle semble présenter, montre de sérieuses limites.

En effet, la nature humaine fait qu’il est impossible que l’Homme puisse se passer de religion, ou du moins de spiritualité. L’expérience communiste le démontre clairement : ni la destruction des Eglises et des Temples, ni l’athéisme officiel n’ont réussi à éradiquer le Christianisme de Pologne ou de Russie, bien au contraire. Là aussi, que l’on veuille ou non, les « musulmans actuels » ont besoin de croire en quelque chose.

Dans ces conditions, il faut laisser les musulmans croire en Allah, le Dieu unique, mais influer de manière décisive sur la conception de leur foi autrefois grossière et guerrière afin qu'elle se mue en spiritualité positive pour l’Humanité entière. En d’autres termes, il faut entreprendre la réforme théologique de l’Islam, exactement comme Martin Luther initia la réforme du Christianisme après l’abus des « Indulgences » au XVIième siècle.

17.01.2010

Lettre ouverte au Président Herman Van Rompuy, par Ali Daddy

Monsieur Van Rompuy, un commentaire sur notre blog Reflets vous décrit comme un homme ayant le « sourire fin du Bouddha ». C’est de bon augure pour l’immense tâche qui vous attend. L’avantage lorsque l’on inaugure une fonction, c’est que tout est ouvert et donc possible.

Pour ma part j’insisterais d’abord sur la nécessité de rendre l’Europe accessible aux citoyens. Même pour nous qui habitons Bruxelles, sa capitale, l’Europe est un «grand machin» carrément opaque et totalement inaccessible.

Il y a quelques années, lorsque j’étais jeune étudiant en journalisme à l’ULB, j’avais décidé d’écrire une lettre à Jacques Delors, alors président de la Commission européenne. J’avais été sensible à la fois à son style et à la campagne de sensibilisation des citoyens à l’Europe qu’il avait lancée. Plusieurs mois passèrent sans que je ne reçoive la moindre réponse malgré de multiples démarches.

Alors que le bureau du président Jacques Delors était situé à moins de deux kilomètres de mon domicile de l’époque, je dus passer via Paris et Jack Lang, alors ministre de la Culture de François Mitterrand, pour avoir un retour de courrier du cabinet Delors. Vous me direz que cela ne date pas d’hier, certes, mais les choses n’ont guère changé et ont même plutôt empiré. Les institutions européennes restent un bunker. C’est en tous cas à vous qu’il incombe de nous prouver le contraire.

L’immigration ensuite. Vaste chantier. Pour ce qui est de l’immigration que l’on pourrait qualifier de plus ancienne, il est toujours utile de rappeler que si elle existe, c’est pour des raisons historiques et économiques. Tout d’abord, beaucoup d’étrangers sont venus se battre contre l’armée allemande et donner leur vie pour libérer l’Europe du fascisme. Ensuite, dès le début des années soixante, différents gouvernements européens ont organisé des campagnes de recrutement, au Maroc et en Turquie essentiellement, à la demande de l’industrie lourde.

Je suis moi-même issu de cette immigration : mon père est arrivé en Belgique au début des années 60 pour travailler dans le bâtiment. Pourtant, tout en ayant gardé de fortes attaches avec mes origines, je suis un parfait citoyen européen, habitant Bruxelles – ville cosmopolite par excellence – et parfaitement à l’aise au sein de mon identité plurielle. Parfois je souris à l’idée de symboliser à moi tout seul la magnifique devise européenne : L’unité dans la diversité.

Quant à l’immigration plus récente, et récurrente, c’est un phénomène qu’il faut traiter avant tout de manière éthique. Cela tombe bien ! Je suis persuadé, Monsieur van Rompuy, que vous avez énormément d’éthique.

L’Europe ne peut plus se penser comme une forteresse face au reste du monde. L’Europe ne peut pas davantage se permettre de faire la guerre en Afghanistan, en Iraq ou ailleurs et ensuite mettre des demandeurs d’asile issus de ces pays dans des charters en leur disant : «Circulez, y a rien à voir !».

L’immigration est nécessaire à l’Europe et, en la matière, il faut en finir avec les politiques hypocrites. Sur le blog Hexagone de Catherine Coroller, journaliste au quotidien Libération, on peut lire : « Quoi qu’en dise Nicolas Sarkozy, le gouvernement français procède régulièrement à des régularisations d’étrangers en situation irrégulière. Seulement, ce chiffre est un secret d’État. Ainsi, il ne figure pas dans le rapport annuel au Parlement du Comité interministériel de contrôle de l’immigration… ».

Une politique d’immigration pragmatique passe aussi par des relations totalement repensées avec les pays du Sud, et en particulier avec l’Afrique. Les anciens pays coloniaux ne doivent pas oublier leur dette envers ce continent qui a été pillé pendant des décennies. L’éthique toujours !

L’interculturel. La barbarie progresse partout dans le monde. Dans son Éthique, Edgar Morin écrit : « Deux terreurs se conjuguent : la terreur terroriste et le terrorisme d’État qui tendent en s’accroissant et en s’intensifiant à susciter la guerre mondiale de civilisation entre Occident et Orient islamiste. La dégénérescence éthique s’y manifeste dans l’extension et l’aggravation des manichéismes. Nous ne voyons pas encore de signes de régénération ».

L’Europe, par son essence même, ne peut être qu’interculturelle : c’est le sens même de sa devise que je rappelais plus haut. La diversité n’est pas un choix mais un fait. Il y a deux façons d’aborder cette diversité : soit par la confrontation, soit par le dialogue. Mais se contenter de diagnostiquer le caractère multiculturel de la société est une chose, et faire en sorte que cela débouche, par une politique volontariste, sur une dynamique interculturelle en tant que véritable creuset de cette diversité en est une autre.

Opter pour l’interculturel, c’est préparer l’horizon européen au dialogue et à la paix. Nous assistons en réalité à la lutte entre les intégrismes de tous bords – animés par ceux qui aspirent au conflit des civilisations – et les partisans de l’ouverture, du pluralisme, de la diversité culturelle, ceux qui aspirent à une éthique politique et qui plaident pour le dialogue des cultures, des peuples, des religions, des civilisations.

L’année européenne de l’interculturalité fut un flop complet : beaucoup de tralala mais aucun projet ambitieux et toujours cette distance savamment entretenue entre le microcosme européen et le citoyen. Bruxelles – capitale fédérale, régionale et européenne – vous le savez très bien, est une terre cosmopolite par excellence. Encore faut-il qu’on lui donne les moyens de manifester véritablement ce qu’elle est en puissance. Il s’agit peut-être ici de votre plus grand défi, Monsieur Van Rompuy.

La Turquie. Si au 19ème siècle la Turquie était considérée comme l’homme malade de l’Europe, aujourd’hui ce serait plutôt l’Europe qui serait malade de la Turquie. Nonobstant le fait que les États européens ont promis dès les années 60 que la Turquie entrerait dans l’Europe, l’adhésion de ce pays important donnera un véritable poids politique à l’Union européenne. Du statut de nain politique qui est le sien actuellement, l’Union pourrait accéder à une stature qui lui permettrait de rivaliser avec des géants tels que les USA ou la Chine. À l’heure actuelle, la Turquie tient un rôle de premier plan dans des régions du globe où se joue l’avenir de la planète. L’Europe a vocation à contribuer à une plus grande stabilité et à la paix dans le monde. Il s’agit-là de valeurs essentielles et fondatrices de l’Europe.
Le fait que la Turquie soit un pays musulman est un plus qui apporte une richesse culturelle et spirituelle qui porte l’Europe vers le haut. Vous êtes suffisamment clairvoyant, Monsieur Van Rompuy, pour savoir que l’islam fait partie des meubles en Europe, tout comme le christianisme, les Lumières et la laïcité.

Les rapports avec les pays du Sud. L’Union européenne fait de gros efforts en matière de coopération et d’aide au développement. Mais l’ampleur de la tâche implique une politique radicalement ambitieuse entre partenaires qui se respectent.

L’Union pour la Méditerranée, par exemple, ne doit pas être un machin en plus de l’Union mais une véritable machine de coopération entre des peuple situés de part et d’autres des rives de la Méditerranée qui ont en commun une culture, une histoire, un climat, une gastronomie et une mer – la mare nostrum des Romains, berceau de la civilisation, qui se meurt lentement mais sûrement.

Dans mon livre Le Coran contre l’intégrisme, j’ai montré que c’est paradoxalement l’état de droit qui, en Europe, a favorisé l’émergence et le développement de l’islam intégriste. Vous n’êtes pas sans savoir que dans notre pays, en particulier à Bruxelles, l’islam est fortement courtisé au moment des élections. Uniquement dans une optique communautariste et souvent dans ses dimensions les plus rétrogrades. Mais comme cela marche, les politiques sans aucune vision trouvent la démarche rentable et donc utile pour leur carrière personnelle. Cette politique à courte vue constitue pour le moins un appauvrissement de notre démocratie et contribue à déforcer la cohésion sociale dont notre société a tellement besoin. Dans ce domaine aussi, la coopération peut nous fournir des pistes intéressantes.

Un pays comme le Maroc, dont je suis originaire et que je connais bien, fournit énormément d’efforts pour la lutte contre le terrorisme et contre le développement de l’islam radical en prônant un islam d’apaisement, recentré sur ses fondamentaux, à savoir une pratique d’ordre spirituel et non pas une idéologie radicale exportable à l’envi. Si l’islam fait partie des meubles, ceux-ci doivent rester à la maison !

Tous ces efforts, et bien d’autres dont je ne parle pas, méritent d’être encouragés, soutenus et portés par un projet européen qui soit à la fois généreux, réaliste et pragmatique. Un projet européen qui soit aussi visionnaire, pour ne pas dire prophétique - qualificatif que vous ne renierez certainement pas -, et essentiellement éthique. C’est dire si vous avez du travail !

Bon courage, Monsieur Van Rompuy, nous sommes de tout cœur à vos côtés.

Ali DADDY

22.12.2009

Le minaret est tombé, on a pendu le coiffeur, par Tahar Ben Jelloun

Ah ! S'ils pouvaient être invisibles, sans book19.jpgodeurs, sans couleurs, silencieux et si possible transparents ! Leur religion, ils la pratiqueraient chez eux, sans faire de bruit, et surtout repliés sur eux-mêmes. La foi étant intérieure, ils n'auraient besoin ni de mosquée et encore moins de minarets. Ce serait l'idéal. Des immigrés parfaits. Rien ne serait dérangé dans le paysage.

Ils travailleraient de nuit de préférence pour ne pas déranger les braves citoyens qui dorment. Leurs femmes ne feraient pas d'enfants, parce qu'avant d'arriver là, elles se seraient fait ligaturer les trompes. Ce serait une présence si légère, si discrète que personne ne remarquerait rien et n'aurait surtout rien à leur reprocher. Ni voile, ni burqa, ni exaspération, ni racisme. Mais alors que ferait le Front national ? Privé de ce thème riche en peurs et en inquiétudes, il serait capable de protester contre cette absence de visibilité. Il réclamerait que leur présence soit grotesque, dérangeante, brutale et insupportable.

Avant, au début des années 1970, les immigrés n'existaient pas. Ils étaient là, travaillaient durement, mais on ne les voyait pas et on ne parlait jamais d'eux. Ils vivaient dans des cités de transit, loin des villes, loin des grands boulevards. Mais les Arabes sont incorrigibles ! Voilà qu'en 1973, ils sortent l'arme du pétrole. On a appelé cela "le choc pétrolier". Une descente dans les quartiers pourris de Marseille une nuit s'était soldée par une dizaine de morts, tous immigrés, tous maghrébins.

Tout d'un coup, les immigrés sont apparus dans les médias. Certains journaux évoquaient leurs conditions de vie, d'autres réclamaient leur renvoi pour répondre au président algérien Houari Boumediene. Je me souviens d'un éditorial de Jean Dutourd en première page de France Soir où il incitait les pouvoirs publics à des représailles. On aurait dû l'écouter et les renvoyer tous ; la France se serait développée toute seule, sans l'aide d'une main-d'oeuvre venue des anciennes colonies.

Depuis, ils ne cessent d'exister à leur corps défendant. Ils sont là, pas plus nombreux qu'il y a quarante ans, mais avec des enfants, lesquels sont de fait des Français d'un autre type, non reconnus, non considérés. Alors, face à ce refus, face à la discrimination, le repli. Même ceux qui ne faisaient pas grand cas de leur religion se sont mis à la revendiquer et à en faire une culture, une morale et une identité. Le reste allait vite prendre des proportions inquiétantes. Le fanatisme allait s'engouffrer dans cette brèche. Le dialogue entre l'immigration et la France est devenu un choc des ignorances. Les amalgames, le racisme ordinaire planqué dans l'inconscient collectif, le malheur et le malaise se sont installés dans le pays, et ce depuis longtemps.

L'homme et le chagrin

La vérité a des racines dans la souffrance d'une guerre et d'une mémoire encore meurtrie. Comme dit Herman Melville, "quand elle est exprimée sans compromis, la vérité a toujours des bords déchiquetés". C'est ce que devrait faire la France qui refoule l'assainissement de son histoire récente et continue de repousser cette vérité qu'il faudra bien un jour aborder. L'Algérie sombre dans la déchirure et le mal-être. La France ne sait pas lui parler et croit rendre service au peuple algérien en étant complice de ses dirigeants impopulaires et incompétents.

Mais le problème est peut-être dans ce grand malaise où, entre l'homme et le chagrin, les deux Etats choisissent le chagrin. Des millions d'hommes et de femmes sont immigrés dans ce pays et n'arrivent pas à annuler leur corps, leur apparence physique ni leurs désirs pour supporter de vivre dans une société qui ne les accepte pas tout à fait. Leurs enfants, dont certains (40 %, paraît-il) condamnés au chômage et aux dérives de la délinquance font du tapage, perturbent l'ordre, crient leur désespoir.

Alors mosquées, minarets, voile, burqa et bien d'autres signes extérieurs de présence deviennent très secondaires et ne parlent pas pour les laissés-pour-compte. L'immigration rêvée ne tient pas ses promesses. Elle envahit la scène et voilà que la France se demande ce qu'elle a fait pour mériter l'invasion turbulente d'une culture où tout l'énerve et l'exaspère.

Tahar Ben Jelloun

18.11.2009

Inauguration du Cercle Judéo-Musulman Pour l'Amitié et le Dialogue à Bruxelles ce mardi 24/11/2009 à 20H

WWW.CJMAD.ORG

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20.08.2009

Foulard : en finir avec les simplismes, par Zoé Genot et Magdeleine Willame-Boonen

Zoé.JPGAlain Destexhe et Claude Demelenne ont publié une carte blanche (« Voile : où sont les progressistes ? ») dans les colonnes du Soir du 6 juillet, qui nous a laissées extrêmement perplexes quant à leur niveau d’information ou quant à leur bonne foi. Nous tenons ici à réagir à tête reposée et sans polémiquer, bien que leur texte nous ait attribué des propos que nous n’avons jamais tenus.

Par sa grandiloquence et un certain simplisme, leur discours alarmiste qui relie « l’apparition du voile dans une assemblée parlementaire » au fait que « la Belgique (serait un) laboratoire pour les militants islamistes », nous fait penser aux discours des magistrats du XIXe siècle, empêchant une femme belge Marie Popelin (elle portait une jupe !) de devenir avocate !

Nous, féministes, croyante ou laïque, sommes fatiguées de l’instrumentalisation des femmes dans le débat du voile, qui agite nombre de commentateurs se découvrant pour le coup défenseurs de la cause des femmes. Mais qu’ont-ils dit quand il s’agissait d’obtenir le paiement des pensions alimentaires pour les enfants auxquelles des centaines de femmes avaient droit ? Où les a-t-on vus demander une véritable égalité salariale ou un financement convenable des centres pour femmes victimes de violence ? Quand se sont-ils insurgés contre les économies sur le dos des petits temps partiels qui sont pour la plupart des femmes ?

Dans le débat du voile comme dans d’autres, nos critères sont égalité hommes-femmes, liberté des femmes à disposer de leur corps, à faire respecter leur droit à l’expression, à choisir leur partenaire, à avoir accès à un enseignement de qualité, à pouvoir gagner leur vie, à pouvoir se déplacer, à avoir accès aux loisirs… Et c’est en fonction de ces critères que nous examinons tous les projets concernant les femmes.

De même, nous ne voulons pas qu’il y ait de double standard quand on parle de femme et de religion : pourquoi la présence de trois hommes ministres du culte catholique et d’un du culte musulman au parlement fédéral n’a-t-elle jamais provoqué le moindre débat ? Pourquoi le parlement fédéral continue-t-il à inviter ses membres au Te Deum du 21 juillet ? Pourquoi seule la présence d’une femme voilée déclenche-t-elle les passions ? L’évocation de la séparation de l’Etat et de l’Eglise mérite de la constance et de la rigueur, pas une lecture au cas par cas.

Nous faisons nôtre le point de vue de Shirin Ebadi, militante iranienne des droits humains et Prix Nobel de la paix 2003, qui se bat en même temps contre l’obligation du port du foulard en Iran et pour le droit des femmes musulmanes vivant en Europe de le porter si elles le souhaitent. « Il faut laisser aux gens leur liberté », dit-elle. C’est aussi notre point de vue. Nous n’ignorons pas les difficultés auxquelles sont confrontés nos concitoyennes et concitoyens issus de l’immigration populaire : surreprésentation importante de personnes dans la pauvreté, accès à la santé et à un logement décent qui laisse à désirer, concentration dans des écoles mal considérées et aux résultats trop faibles, embauche à des postes très en dessous de leurs qualifications pour les diplômés… Ce terrain est sans doute favorable à une remontée importante du religieux, où de multiples trajectoires et motivations se juxtaposent : quête spirituelle ou envie de donner un sens à sa vie, pressions ou conformisme, recherche d’une identité positive, rejet d’un Occident vécu comme excluant ou impudique… Si le terrain est aussi propice au développement d’un certain islam extrémiste, certains ne voient plus que lui, au point d’en perdre la mesure. Ceux qui se préoccupent de ce danger feraient beaucoup mieux de s’intéresser aux causes sociales qui rendent ces populations tellement vulnérables. Et de se mettre vraiment à leur écoute, notamment des femmes, au lieu de partir en croisade contre elles. On ne construira pas une société émancipatrice, tolérante et attentive aux droits humains si on interdit aux femmes de prendre leur destin en main et si on s’obstine à vouloir décider pour elles. Notre défi : continuer à construire une société qui inclut, en travaillant au cas par cas, dans la philosophie des accommodements raisonnables, en dialoguant et adaptant, mais aussi en mettant les limites quand les droits demandés mettent en danger les droits des autres. Avec une ligne d’horizon : la construction d’une société émancipatrice et tolérante.

16.08.2009

Une chaine de télévision turque lancera prochainement une émission de télé-réalité qui vous permettra de trouver... la foi ! Ou de la perdre...

 

Les candidats athées succomberont-ils aux assauts du prêtre, du rabbin, de l'imam ou du moine bouddhiste ? La nouvelle émission de télé-réalité de la chaîne turque Kanal T n'est pas encore sur les ondes qu'elle déchaîne les passions, constate le magazine allemand Der Spiegel.

Kanal T ne compte pas parmi les grandes chaînes de télévision turques. Jusqu'à présent, cette petite chaîne spécialisée, dont les bureaux se situent au milieu d'une zone industrielle d'Istanbul, a surtout fait les gros titres à cause de son directeur : Seyhan Soylu, 36 ans, surnommé "Sisi" par la presse, ancien agent de police, ex-journaliste, transsexuel et "enfant terrible" de la nation.

A 20 ans, ce fils de diplomate diplômé de l'académie de police se fait opérer et devient une femme. A 22 ans, Sisi fait la couverture de Playboy et commence à s'intéresser à la politique. En 1997, Seyhan Soylu, alors "au service de l'Etat", aurait participé à la chute du Premier ministre fondamentaliste Necmettin Erbakan. En septembre dernier, la blonde aux biceps tatoués et à la langue bien pendue est temporairement placée en détention, soupçonnée d'appartenir à une organisation terroriste.

Pas étonnant, se disent dès lors les Turcs, que l'émission télévisée la plus controversée du moment soit également à mettre au compte de cette Sisi. Depuis plusieurs semaines, la polémique enfle autour d'une émission de télé-réalité baptisée Tövbekarlar Yarisiyor [qu'on pourrait traduire par "Les athées dans l'arène"] et née de l'imagination de Soylu.

Les protagonistes de cette émission sont douze candidats athées et des représentants de grandes religions, parmi lesquels un prêtre catholique, un prêtre orthodoxe, un imam, un rabbin et un moine bouddhiste. Durant huit semaines, chaque religieux devra tenter de convertir les candidats. La production promet des discussions privées, des débats et des visites d'églises et de mosquées. Si l'un des dignitaires religieux parvient à convertir un candidat, celui-ci se verra offrir par la chaîne un pèlerinage vers son nouveau lieu saint : La Mecque pour les nouveaux musulmans, Jérusalem pour les juifs, le Vatican pour les catholiques et le Tibet pour les bouddhistes.

Ce concept, qui pourrait ressembler à une farce, est pris très au sérieux par les responsables de la chaîne. "Nous avons choisi nos 12 athées parmi plus de 200 candidats. Nous avons également reçu l'accord du Vatican qui veut nous envoyer un prêtre", souligne Soylu dans son bureau du quartier de Güngören. La question du rabbin et du moine bouddhiste serait déjà réglée et seul le choix du représentant musulman poserait encore problème. En effet, les autorités religieuses turques ne verraient pas cette émission d'un très bon œil, explique Soylu.

C'est peu dire. Le département des affaires religieuses d'Ankara, le Diyanet, a réagi avec indignation à l'annonce du programme de Kanal T. "Aucun imam ne participera à cette mascarade", s'est exclamé le président de Diyanet, Ali Bardakoglu, pour qui cette émission est "une grave erreur" et une "insulte à la religion". Le grand mufti d'Istanbul, Mustafa Cagrici, qui fait partie avec Bardakoglu des personnalités les plus respectées chez les musulmans turcs, redoute également un avilissement de la foi. Les expérimentations avec Dieu nuisent à la paix civile, s'est-il agacé.

Sans imam, l'émission a peu de chance de trouver son public dans un pays composé à 99 % de musulmans. Soylu, qui se dit "musulmane croyante mais non dogmatique", a donc décidé de contre-attaquer et ira chercher un imam en Tunisie s'il le faut. "Où est le problème ? Nous ne voulons pas provoquer une guerre de religion, se défend-elle. Nous voulons aider des gens à trouver Dieu." Si l'émission portait effectivement atteinte à certaines religions, la chaîne serait condamnée à une amende par les autorités de contrôle des médias. Dans le pire des cas, elle pourrait même se voir retirer son autorisation de diffusion.

Cela fait déjà un certain temps que l'organe de surveillance de l'audiovisuel est confronté à des programmes plus absurdes les uns que les autres. Dans la guerre de l'Audimat, les chaînes de télévision turques rivalisent de créativité pour faire de la télé-poubelle comme avec Ver coskuyu, où les candidats sont recouverts d'insectes ou reçoivent des décharges électriques pendant qu'ils chantent une chanson. Dans une autre émission, accusée de sexisme, un homme doit affronter cinquante blondes dans un test de connaissances et couvrir de ridicule ses adversaires féminines.

28.07.2009

Les femmes arabes en politique, une nouvelle méthode stratégique pour contrer les islamistes ?

photo_0302_459_306_39757.jpgLe 16 mai 2009, quatre femmes gagnent haut la main, les élections législatives au Koweït. Hasard ou coïncidence, les islamistes perdent énormément de voix et se retrouvent d'ailleurs dans l'opposition. Ces mêmes islamistes gagnaient encore des voix, il y a quelques années, dans cet Emirat où la femme à encore de nombreux combats à mener pour sa dignité.

Il y a seulement 4 ans, le Koweït a autorisé  à la femme de voter et à se présenter à des élections. Les Koweitiennes et Koweitiens ont rapidement envoyés une réponse clair et sans détours. Oui, nos mères, nos soeurs, nos cousines ont le droit de donner leur avis politique, et  ainsi représenter le peuple dans sa totalité. Désormais la classe politique ne pourra plus revenir en arrière, une partie de l'histoire leur échappe...

La femme devient-elle une stratégie pour contrer les islamistes ?

Bonne nouvelle, la femme arabe devient intéressante pour le monde politique arabe. Désormais elles pourraient devenir l'instrument, (malheureux ?)  pour contrer les islamistes dans leur stratégie politique.  Nous devons soutenir cette stratégie dans un esprit d'ouverture mais si celle-ci vise à stabiliser les dictatures arabes sans lancer un vaste projet d'ouverture du champ démocratique, des droits de l'homme (et de la femme), de la liberté de la presse..., sauve qui peut !

Une bonne avancée à condition que ces femmes ne soient pas mises sous tutelle... des hommes

Il faut saluer le peuple Koweitien dans cette démarche historique. Espérons néanmoins que les nouvelles parlementaires pourront mener à bien leur travail politique et ce, en toute indépendance avec une volonté ferme de ne pas être sous tutelle masculine.

Cet épisode unique mérité tout de même de rappeler que les peuples arabes ne sont pas non plus aveugles de ce qui se déroule dans l'autre monde...

25.07.2009

Maroc : une réforme silencieuse du champ religieux

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Commandeur des croyants (Amir al Mouminine), le roi Mohammed VI, qui célèbre ses dix ans de règne, a insufflé un vent de modernisme dans le champ religieux en lançant en 2004 une vaste réforme en pleine montée des courants islamistes radicaux.

C'est une révolution silencieuse, qui intervient dans une conjoncture également caractérisée par l'anarchie des fatwas (avis religieux) amplifiées par les chaînes satellitaires arabes et les sites internet.

Cette réforme porte sur la restructuration du ministère des Affaires islamiques, la révision de la législation sur les lieux de culte ainsi que la modernisation de l'enseignement religieux dans le royaume. Une commission a aussi été créée pour donner des avis religieux sur des questions d'intérêt général et réglementer les fatwas.

En 2008, l'opinion internationale s'était émue de la fatwa du cheikh Mahgraoui, qui dirigeait l'Association Dar Al Quran à Marrakech (centre), autorisant le mariage des filles dès l'âge de neuf ans. Cette fatwa avait été condamnée par le conseil supérieur des oulémas (théologiens officiels) et l'association avait été fermée.

La même année, Mohammed VI avait annoncé une réforme du conseil supérieur des oulémas, des imams et des mosquées. La communauté marocaine établie à l'étranger n'avait pas été oubliée et un conseil des oulémas pour les Marocains d'Europe avait été créé.

En juin dernier, concrétisation de cette reprise en main avec le lancement d'un programme de mise à niveau des imams, qui encadrent les croyants, exercent dans les villes et les campagnes.

"Nous avons 45.000 imams au Maroc et les statistiques de 2006 ont démontré que 82% d'entre eux n'ont aucune formation de base. Ils ont juste appris le coran par coeur", explique le ministre des Affaires islamiques Ahmed Tawfiq.

Dans la même optique, des prédicatrices ont été formées, preuve qu'un vent d'ouverture et de modernisme commence à souffler sur le champ religieux.

La réforme touche aussi l'Institut supérieur d'études islamiques (Dar Al Hadith Al Hassania). Cette école, qui enseignait jusqu'ici uniquement les sciences islamiques, a introduit de nouvelles disciplines comme les études religieuses comparées, les langues, anciennes et vivantes, et les sciences sociales et économiques.

La réforme s'est aussi concrétisée par le lancement d'une chaîne de télévision et une radio dédiées à l'islam.

L'octroi de bourses de recherche pour les imams, les prédicateurs et les lauréats de l'université des sciences religieuses Quaraouiyine de Fès (centre) pour étudier dans des universités anglo-saxonnes sont quelques-unes des autres facettes de cette réforme.

Pour éviter des fatwas comme celle du cheikh Maghraoui, le secrétaire général du Parti (islamiste) renaissance et vertu (PRV) Mohamed Khalildi estime qu'"un théologien doit aussi avoir des connaissance en psychologie et en médecine. Il ne suffit plus d'avoir un diplôme en études islamiques pour être théologien".

Pour Mohamed Hamdaoui, président du Mouvement unicité et réforme (MUR), une association proche du Parti (islamiste) justice et développement (PJD), "le vrai défi est de pouvoir répondre à la demande des Marocains en matière de fatwas plutôt que de s'adresser aux muftis des chaînes satellitaires du Moyen-Orient".

En dix ans de règne, Mohamed VI a ainsi insufflé un vent de modernisme sur le champ religieux au Maroc, marqué pendant des décennies par le conservatisme et la léthargie.

24.07.2009

Réformer l'islam, une nécessité pressante

dyn001_original_454_410_jpeg_2585772_be15bb83b76e68cc99f052c0653d054b.jpg"Le Coran ne parle pas, ce sont les hommes qui parlent à travers lui", a dit ‘Ali, le gendre du Prophète. Détail majeur dans l’interprétation et la compréhension de l’islam. Postulat indispensable pour briser les chaînes qui maintiennent la religion musulmane dans un carcan trop étroit car figée à une époque donnée. Non, la religion musulmane ne découle pas entièrement et immédiatement du seul Coran, qui serait la parole de Dieu nue, absolue et éternelle. Car cela, comme nous le constatons tous les jours, bloque les processus d’évolution des sociétés musulmanes et islamiques.

Paralysées par une extrême prudence, elles se cachent derrière une inaptitude à présenter aux yeux de monde une approche à la fois fidèle à l’islam et en phase avec le progrès et la modernité. Tous les pays musulmans sont en retard, tant sur le plan culturel que dans les domaines des sciences et des connaissances, sans parler de la technique et de la création. Tout leur mode de vie est concentré jusqu’à l’obsession sur le respect de la tradition. Bloquées, les pieds dans le ciment du dogme, les sociétés contemporaines musulmanes regardent passer le train du futur sans pouvoir monter dedans. Il est grand temps que cela cesse. Mais pour briser le tabou il faut du courage. Certains l’ont payé de leur vie (Mahmoud Mohammed Taha fut pendu en 1985 par la junte militaire soudanaise pour apostasie). C’est donc un grand coup de chapeau que l’on doit tirer à Abdelmajid Charfi, cet éminent professeur à l’université des lettres de Tunis, historien et sociologue musulman, qui ose penser l’islam de l’intérieur avec le regard neuf d’un homme du XXème siècle (il est né en 1942). Ainsi, Charfi n’a de cesse de tenter de démontrer que les sciences sont une chance pour la religion, et non son ennemie. Et il développe son propos en arabe, à dessein, car en s’adressant en premier lieu aux lecteurs unilingues qui, souvent, vivent repliés sur la culture du passé sans avoir la moindre idée des avantages qu’ils pourraient retirer des champs de connaissance modernes et même des problèmes et questions connexes qu’ils soulèvent. Pourquoi écrire en anglais ou en français (même si ce vecteur a plus de chance d’atteindre la communauté scientifique internationale) alors que la langue arabe se prête tout aussi bien à l’exercice de la pensée ?

Soyons clairs : seules les élites des sociétés musulmanes ont le libre choix, celui d’aller étudier en Occident ou de rester au pays, les 98% restant de la population sont maintenues sous le boisseau de la religion dictatoriale et continuent à osciller entre hostilité et fascination pour "l’autre monde". L’éducation est alors souvent concentrée sur les études religieuses ; et les filles en sont généralement exclues. Les rares qui tentent de s’extraire de la sphère islamique sont muets car il leur est impossible de s’exprimer librement du fait de l’influence conjuguée d’un pouvoir tyrannique, de la pression sociale, de la peur et de la suspicion qui suscite une parole neuve ...

Mais les sociétés musulmanes sont hétérogènes et la modernisation parvient parfois à y creuser un fin sillon par lequel s’acheminent quelques idées nouvelles comme, par exemple, le statut de la femme et le droit à l’enseignement. Mais c’est bien peu, c’est aussi très lent à se mettre en place. Trop lent.

Abdelmajid Charfi fait ici le pari audacieux de l’avenir en comptant sur la jeunesse pour faire sauter le verrou. Internet et la satellite ont apporté une autre vision du monde. Ainsi, les musulmans de la nouvelle génération souhaitent une réflexion islamique qui tiennent compte des quatre grandes révolutions majeures que l’humanité a connues :

Premièrement, Copernic qui découvrit que la terre n'est pas le centre de l'univers ;
Deuxièmement, Darwin qui inscriva dans l'histoire moderne sa théorie de l'évolution démontrant que l'homme a perdu le rand à part qu'il croyait occuper au sein du règne animal ; 
Troisièmement,  Freud et sa réflexion qui tend à dire que l'homme n'agit pas selon sa seule volonté consciente mais qu'il est soumis à l'influence de son inconscient, avec le refoulement et les pulsions que cela induit ;
Quatriètemement, le destin n'est plus, désormais la biotechnologie et la génétique ont pris, dans une certaine mesure, le pouvoir sur le contrôle de la vie ;

A tout cela s’ajoute tout naturellement les médias, on l’a dit, mais aussi la prospérité matérielle, une société sociale plus humaine, des valeurs nouvelles. Il convient donc impérativement de suivre les préceptes de Mahmoud Mohamed Taha qui, dans le livre qui lui a coûté la vie, Le second message de l’islam, affirmait que le message de Muhammad était destiné à toute l’humanité durant la période mecquoise, mais restreint aux contemporains du Prophète dans la période médinoise. En conséquence il est d’avis de supprimer les prescriptions contenues dans le message restreint car elles étaient appropriées aux conditions de vie du début duVIIème siècle, mais elles ne le sont plus à celles de la seconde moitié du XXème siècle ! Il faut donc revenir au message universel qui demeure valable, bien que le contexte ait changé.

Et comme ici aussi, tout comme chez les juifs et les chrétiens, tout n’est que pouvoir ; l’idée même d’un retour aux véritables valeurs d’une religion pour aider les hommes à vivre mieux est aussitôt traitée d’apostasie et l’on tue celui qui a osé bafouer les règles. Honte à tous ces intégristes grabataires ou infantiles, honte à tous ceux qui maintiennent le peuple musulman dans l’ignorance crasse pour pouvoir les manipuler et les exploiter ! Travaillons pour un islam adapté en tout point au valeur progressiste, défendons un islam réformé, Vive l’islam réformé !

22.06.2009

Le voile qui fait polémique

340x.jpgJuin 2009 : Les citoyens belges se prêtent au jeu démocratique pour choisir leurs parlementaires  qui les représenteront aux différents hémicycles régionaux ainsi qu’au parlement européen.  Le vote en Belgique étant obligatoire, chaque citoyen à le devoir civique de se rendre aux urnes.


En région de Bruxelles-Capitale, une jeune schaerbeekoise, Mahinur Ozdemir, est élue au parlement bruxellois avec 2851 voix de préférences sur la liste du Centre Démocrate Humaniste (cdH).  Durant ces élections, la presse nationale a abondamment parlé de cette jeune politicienne qui a créé, malgré elle,  une polémique sur un sujet hautement symbolique et qui déchaîne les passions.  

 

Diplôme de la faculté des Sciences Politique de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Mahinur Ozdemir est de confession musulmane et porte le voile. C’est la première députée bruxelloise et la première élue en Belgique qui prêtera serment avec son voile. Aucun parti démocratique ne s’est, à ce jour, vivement opposé à l’arriver d’une nouvelle députée portant un signe religieux.

 

L’élection de Mahinur Ozdemir a engendré une foule de contestation auprès de nombreux défenseurs de la laïcité à la Française, utilisant l’argument de la séparation stricte de l’état et de l’église.

 

A la naissance du Royaume de Belgique, les hommes politiques ont tenté de trouver un bon compromis entre la forte pression des catholiques (en ce compris la monarchie) et celui des défenseurs de la laïcité. Le compromis à la Belge a vu naître le principe de « laïcité à la Belge » ou plus communément appelé neutralité. Il vise à séparer clairement le pouvoir politique à celui du religieux en y apportant certaines adaptations. En pratique, la Belgique autorise l’école publique à dispenser des cours de religion, finance les cultes reconnus (Catholicisme, Judaïsme, Protestantisme, Islam,…) reconnaît et subventionne l’enseignement libre confessionnelle (catholique, israélite…).

 

De nombreux défenseurs de la laïcité, en ce compris les laïcards et des « anti-religion » ordonnent que la jeune élue bruxelloise prête serment sans son voile. L’argument le plus régulièrement servi vise à émettre l’hypothèse que cette future élue ne travaillera qu’au service d’une communauté religieuse ou ethnique et défendra donc uniquement les intérêts de ceux dont on supposerait qu’ils lui ont accordés leurs voix.

 

Il est certes primordial de défendre les valeurs de laïcité telle que prescrite dans notre pays dont le principe d’ingérence du religieux dans la sphère politique et du politique dans la sphère religieuse  doit être protégé et défendu.

 

Cependant, l’argument qui vise à bafouer le choix démocratique est frappant. Lorsque les partis ont déposé leur liste au Tribunal, aucun prétendant « défenseur de la laïcité » n’a  contesté la liste du cdH. Le tribunal ayant accepté les listes, toutes les lois étaient donc respectées. Il a fallu attendre l’élection d’une candidate qui ne répond pas à l’exigence de certain pour que les contestations arrivent. Si cette fille n’avait pas été élue, personne n’aurait réagit.

 

Le deuxième argument le plus exposé tant à dire qu’en portant un voile cette fille ne respectera pas la  neutralité au parlement. Cet argument ne tient pas la route car nous n’attendons pas d’un politique ce que nous attendons d’un fonctionnaire, le politicien n’étant fondamentalement pas neutre.

 

Nous savons très bien qu’en interdisant le port de signe religieux à des élues (choisi démocratiquement) ces derniers ne siègeront pas dans les parlements pour lequel les citoyens leurs ont donné leurs voix.  

 

Dans de nombreuses démocraties, des parlementaires portant un signe religieux prêtent serment et cela ne remet nullement en cause les principes de démocratie et de séparations des pouvoirs.

 

Il ne s’agit pas dans ce texte de polémiquer sur le voile en lui-même, mais de défendre l’intérêt du choix  démocratique fait par les électeurs qui d’une manière ou d’une autre veulent se sentir représenté et ce, en tenant compte de la réalité socioculturelle de Bruxelles.

 

N’est-il pas préférable de voir en politique des élus religieux modérés (les partis traditionnels ne choisissant par le dernier extrémiste du coin)  qui désirent profondément respecter le cadre de la loi, qui veulent bâtir une société de dialogue  et favoriser le vivre ensemble que de voir émerger des élues de partis radicaux avec lequel aucun dialogue n’est possible.

 

En interdisant cette élue de siéger avec son voile, ne risquons-nous pas de donner raison aux intégristes qui utilisent l’argument du rejet pour favoriser leur emprise auprès d’une jeunesse en quête d’identité.  

 

Après tout, Il me semble plus opportun d'avoir une femme politique voilée et active que certains politiciens dévoilés et inactifs.